Netflix utilise l’IA générative dans El Eternauta pour ses effets visuels
Avec *El Eternauta*, Netflix a fait entrer l’IA générative dans les images finales d’une de ses séries. La plateforme affirme qu’une scène d’effondrement à Buenos Aires a été réalisée dix fois plus vite, entre promesse de budgets plus accessibles et inquiétudes sur l’emploi dans les effets visuels.

L’intelligence artificielle générative ne se limite plus aux images de démonstration ou aux outils de préparation : elle apparaît désormais dans les images finales d’une série Netflix. En juillet 2025, le groupe a indiqué avoir franchi ce cap avec El Eternauta, une production argentine de science-fiction. L’usage annoncé concerne une séquence précise, l’effondrement d’un bâtiment à Buenos Aires, et non une série intégralement fabriquée par une machine. Mais cette première revendiquée par la plateforme illustre très concrètement la transformation en cours des effets visuels.
Pour Netflix, le principal argument est double : réduire le temps de fabrication de plans complexes et rendre possibles des ambitions visuelles qui ne rentreraient pas dans le budget d’une production donnée. Pour les artistes, studios et syndicats, la même évolution pose une autre question : si l’IA accélère certaines étapes, qui conservera la maîtrise des images et comment seront protégés les métiers qui les fabriquent ?
Une première pour les images finales d’une série Netflix
Netflix a présenté l’utilisation d’IA générative dans El Eternauta comme une première dans l’histoire de ses productions : des outils de ce type ont servi à créer des images destinées au montage final d’un programme diffusé sur la plateforme. La série raconte la survie de personnages confrontés à une catastrophe qui frappe Buenos Aires, un cadre où les décors détruits et les scènes de chaos appellent naturellement des effets visuels importants.
Le cas mis en avant est celui d’un bâtiment qui s’effondre dans la capitale argentine. Ted Sarandos, co-directeur général de Netflix, a expliqué que cette séquence avait été réalisée dix fois plus vite qu’elle ne l’aurait été avec les outils et méthodes VFX traditionnels. Il a également souligné que l’équipe d’effets visuels avait travaillé avec ces nouveaux outils, plutôt qu’une IA livrant seule un plan achevé.
La nuance est essentielle. L’annonce ne signifie pas que Netflix a remplacé une équipe de cinéma par un générateur d’images, ni qu’un épisode entier a été produit automatiquement. Les effets visuels demeurent un travail de conception, de mise en scène, d’animation, de composition et de validation artistique. L’IA générative peut intervenir dans ce processus, mais le résultat doit encore s’intégrer à la lumière, aux décors, au mouvement de caméra et au récit.
| Repère | Ce que Netflix a indiqué | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| Production concernée | El Eternauta, série argentine | L’expérimentation est liée à une œuvre précise, pas à l’ensemble du catalogue Netflix. |
| Usage de l’IA | Des images finales destinées à la série | L’IA dépasse le stade des essais internes ou de la seule préparation. |
| Séquence citée | L’effondrement d’un bâtiment à Buenos Aires | Il s’agit d’un effet visuel complexe, souvent coûteux à fabriquer en post-production. |
| Gain de production | Réalisation dix fois plus rapide selon Netflix | Le chiffre concerne cette séquence et ne constitue pas une moyenne pour toutes les productions. |
| Résultat financier du groupe | Environ 11 milliards de dollars au deuxième trimestre 2025 | La bonne santé de Netflix repose sur plusieurs facteurs, pas sur ce seul usage de l’IA. |
Comment l’IA générative peut-elle aider les effets visuels ?
Dans l’audiovisuel, les effets visuels, souvent désignés par l’acronyme VFX, servent à fabriquer ou à transformer ce qu’il serait difficile, dangereux ou trop cher de filmer. Un immeuble qui s’écroule, une ville dévastée, une créature imaginaire ou une météo extrême peuvent être conçus à partir d’images réelles, de modèles 3D, de simulations physiques et de compositing. Cette dernière étape consiste à assembler plusieurs éléments dans un même plan de manière crédible.
L’IA générative apporte une autre famille d’outils. À partir d’instructions, d’images de référence ou d’éléments déjà créés, elle peut générer des propositions visuelles ou accélérer des opérations de transformation d’image. Son intérêt ne se limite donc pas à produire une image brute : elle peut aussi aider à tester une idée, à imaginer un cadre, à préparer un plan ou à explorer rapidement plusieurs options.
Ted Sarandos a cité plusieurs domaines dans lesquels les créateurs de Netflix observent déjà des bénéfices : la prévisualisation, la planification des prises de vues et, bien sûr, les effets visuels. La prévisualisation désigne les esquisses animées qui permettent de réfléchir à la composition d’une scène avant le tournage. Elle aide notamment l’équipe de réalisation à décider de la place de la caméra, du rythme d’une action ou de l’espace nécessaire à un effet numérique.
Dans le cas d’un effondrement urbain, une équipe doit traditionnellement combiner de nombreux éléments : architecture du lieu, poussière, débris, mouvements de foule éventuels, caméra et cohérence avec les plans voisins. Un outil génératif peut accélérer une partie des itérations, mais il ne dispense pas de contrôles. Les artistes doivent vérifier la continuité visuelle, corriger les défauts et s’assurer que le plan correspond à l’intention de la réalisation.
Pourquoi cette technologie change la question du budget
Le gain de vitesse avancé par Netflix a une conséquence directe : le coût d’un plan spectaculaire peut devenir plus compatible avec le budget d’une série qui n’est pas une superproduction hollywoodienne. Selon Ted Sarandos, fabriquer la séquence d’El Eternauta avec des effets visuels classiques n’aurait pas été financièrement viable au regard du budget de l’œuvre.
C’est l’un des enjeux majeurs de l’IA dans la création : elle peut abaisser le seuil à partir duquel certaines ambitions deviennent réalisables. Une production locale, une série de genre ou une histoire nécessitant un univers visuel dense peuvent, en théorie, accéder à des outils auparavant réservés aux projets disposant de moyens beaucoup plus élevés.
Cette promesse ne doit toutefois pas être confondue avec une garantie de baisse générale des coûts. Les logiciels, l’infrastructure informatique, les équipes de supervision, les retouches et les vérifications restent nécessaires. Surtout, une image spectaculaire n’a de valeur à l’écran que si elle sert le récit. L’enjeu n’est pas simplement de produire davantage d’effets, mais de permettre à des créateurs d’employer les effets là où ils renforcent une histoire.
Effets visuels classiques et IA générative : ce qui change dans la production
Méthodes VFX traditionnelles
- Offrent un contrôle détaillé sur chaque élément d’un plan.
- Reposent sur des métiers spécialisés, de la modélisation au compositing.
- Demandent souvent des délais et des budgets importants pour les séquences complexes.
- Sont indispensables pour assurer la continuité avec les images tournées.
Outils d’IA générative
- Peuvent accélérer l’exploration et la fabrication de certains éléments visuels.
- Ont permis, selon Netflix, de produire une séquence dix fois plus vite dans *El Eternauta*.
- Peuvent rendre des effets ambitieux compatibles avec des budgets plus limités.
- N’éliminent pas le besoin de supervision artistique, de corrections et de validation humaine.
VFX traditionnels et IA : une complémentarité sous conditions
Les méthodes traditionnelles d’effets visuels ne disparaissent pas parce que de nouveaux outils existent. Elles reposent sur des expertises très précises : modélisation, animation, éclairage, simulation, montage, étalonnage et composition d’images. Elles donnent un niveau de contrôle important, particulièrement utile lorsqu’un plan doit respecter des contraintes de décor, de réalisation ou de continuité avec des images filmées.
L’IA générative peut accélérer certaines de ces étapes, notamment quand les équipes doivent produire rapidement des variantes. Mais sa rapidité peut aussi s’accompagner d’imprécisions. Les systèmes génératifs sont capables de proposer des images convaincantes à première vue tout en commettant des incohérences de perspective, de mouvement ou de détail. Dans un plan de quelques secondes, ces défauts peuvent devenir visibles dès lors que l’image s’insère au milieu d’une scène soigneusement tournée.
L’approche décrite par Netflix repose donc sur une idée de collaboration : des artistes VFX utilisent des outils d’IA pour atteindre un résultat qu’ils supervisent. La formule est importante, car elle distingue l’automatisation de certaines tâches de l’effacement complet de l’intervention humaine. Elle n’éteint pas pour autant le débat sur le partage futur de la valeur créée par ces gains de productivité.
Les inquiétudes sur l’emploi restent au centre du débat
L’utilisation de l’IA dans le divertissement suscite des inquiétudes légitimes chez les professionnels de l’image, de l’écriture et de l’interprétation. Les effets visuels sont déjà un secteur soumis à de fortes contraintes de calendrier et de budget. Si les outils génératifs permettent de faire plus vite certaines tâches, les travailleurs craignent que les studios utilisent ce progrès pour réduire les effectifs, compresser les délais ou exiger une quantité accrue de travail à moyens constants.
Ces préoccupations ont joué un rôle majeur lors des mouvements sociaux à Hollywood en 2023, lorsque scénaristes et acteurs ont notamment demandé des protections face aux usages de l’IA. Les questions portaient sur la réutilisation des œuvres, la reproduction numérique de l’apparence ou de la voix des interprètes, ainsi que sur la possibilité de remplacer ou de marginaliser le travail humain.
Le cas d’El Eternauta ne permet pas, à lui seul, de déterminer l’effet de l’IA sur l’emploi dans toute l’industrie. Il rappelle toutefois qu’un outil présenté comme créatif est aussi un outil économique. Son adoption pose plusieurs questions concrètes : les artistes peuvent-ils refuser certains usages ? Sont-ils rémunérés pour leur supervision ? Les œuvres et références utilisées pour entraîner les modèles sont-elles exploitées avec les autorisations nécessaires ? Et les gains de productivité servent-ils à améliorer les conditions de production ou uniquement à réduire les dépenses ?
Pour les spectateurs, ce débat dépasse la seule prouesse technique. Il touche à la diversité des récits qui pourront être financés, mais aussi aux conditions dans lesquelles les images qu’ils regardent sont fabriquées.
Des résultats financiers solides, mais plusieurs moteurs de croissance
L’annonce intervient alors que Netflix affiche une croissance soutenue. Pour le trimestre achevé en juin 2025, le groupe a déclaré un chiffre d’affaires d’environ 11 milliards de dollars, en hausse de 16 % par rapport à la même période de l’année précédente. La popularité de la dernière saison de Squid Game, les hausses de prix et la progression de l’activité publicitaire figurent parmi les éléments associés à cette performance.
Mike Proulx, vice-président de recherche chez Forrester, a estimé que ces résultats reflétaient cette combinaison : contenus attractifs, augmentation des tarifs et dynamisme de la publicité. Il serait donc abusif d’attribuer la croissance financière de Netflix à l’IA utilisée dans une seule série. L’intérêt de l’annonce est ailleurs : elle montre que le groupe considère désormais l’IA générative comme un outil susceptible d’influencer sa manière de produire, et pas seulement de recommander des programmes à ses abonnés.
Netflix a de longue date recours aux données et aux algorithmes pour personnaliser son interface, proposer des contenus ou optimiser certains choix de diffusion. L’intégration d’outils génératifs dans les images finales ouvre une étape différente, plus visible pour l’industrie culturelle : l’algorithme entre au cœur de la fabrication des œuvres.
Ce qu’il faut surveiller après El Eternauta
La suite dépendra moins de l’effet d’annonce que des usages concrets. Netflix devra préciser, par ses futurs projets, si El Eternauta constitue une expérimentation isolée ou le début d’un déploiement plus large. Les observateurs regarderont notamment quels types de plans seront concernés : arrière-plans, retouches, séquences d’action, prévisualisation ou éléments plus centraux de la mise en scène.
Il faudra aussi suivre la place laissée aux artistes. L’IA pourrait aider de petites équipes à imaginer des univers qu’elles n’auraient pas pu produire auparavant. Elle pourrait aussi déplacer une partie du travail vers la supervision, la correction et la direction créative, au lieu de le supprimer. Mais ce scénario favorable dépendra des contrats, des règles de crédit, des budgets et de la volonté des studios de ne pas réduire la création à une simple course au rendement.
Enfin, cette évolution renforcera les débats sur la confiance du public. Les spectateurs n’exigent pas nécessairement que chaque image soit réalisée sans logiciel avancé. En revanche, ils peuvent attendre une information claire, le respect des créateurs et des œuvres utilisées, ainsi qu’une ambition artistique qui ne soit pas sacrifiée à la rapidité. Avec El Eternauta, Netflix apporte un premier cas concret à cette discussion, appelée à prendre une place croissante dans les séries et le cinéma.
Questions fréquentes
Quelle série Netflix a utilisé l’IA générative pour la première fois ?
Netflix a indiqué avoir utilisé l’IA générative dans les images finales de la série argentine *El Eternauta*. L’usage cité concerne une séquence d’effets visuels montrant l’effondrement d’un bâtiment à Buenos Aires. La plateforme ne présente pas la série comme une œuvre entièrement produite par intelligence artificielle.
Comment Netflix a-t-il utilisé l’IA dans El Eternauta ?
Des artistes chargés des effets visuels ont utilisé des outils d’IA générative pour contribuer à une séquence finale de la série. Ted Sarandos a cité l’effondrement d’un bâtiment à Buenos Aires et affirmé que cette scène avait été réalisée dix fois plus rapidement qu’avec des méthodes VFX traditionnelles.
L’IA générative va-t-elle remplacer les artistes des effets spéciaux ?
Le cas d’*El Eternauta* ne permet pas de l’affirmer. Netflix décrit un travail réalisé avec des artistes VFX, et non une production automatisée sans intervention humaine. Cependant, l’accélération de certaines tâches alimente des craintes sur les emplois, les délais de travail et la répartition des gains de productivité.
Pourquoi l’IA peut-elle réduire le coût d’une série ou d’un film ?
Les plans complexes demandent habituellement beaucoup de temps de préparation et de post-production. Si un outil permet de créer ou d’itérer plus vite sur certains éléments visuels, le coût peut diminuer. Netflix affirme que la séquence d’*El Eternauta* n’aurait pas été financièrement viable avec les seules méthodes VFX traditionnelles.
Les bons résultats de Netflix en 2025 sont-ils liés à l’IA générative ?
Non, il n’est pas possible d’établir ce lien à partir de cette seule expérimentation. Netflix a déclaré environ 11 milliards de dollars de chiffre d’affaires au deuxième trimestre 2025, en hausse de 16 %. Cette performance est notamment associée à *Squid Game*, aux prix plus élevés et au développement de la publicité.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Netflix, résultats financiers trimestriels et communications aux investisseursir.netflix.net/financials/quarterly-earnings/default.aspx
- Netflix, espace presse officielabout.netflix.com/fr/newsroom
- SAG-AFTRA, ressources sur l’intelligence artificielle et les accords du secteurwww.sagaftra.org/contracts-industry-resources/ai-resources



