Régulation et éthique

Microsoft répond aux accusations sur l’usage de ses technologies en Israël

Microsoft a publié le 15 mai 2025 les résultats d’une revue menée après des accusations sur l’usage de ses technologies par l’armée israélienne. Le groupe dit n’avoir trouvé aucune preuve d’un emploi d’Azure ou de ses outils d’IA pour cibler ou nuire à des personnes à Gaza. Cette réponse laisse toutefois des questions sur la portée du contrôle exercé par les fournisseurs de cloud.

Une équipe examine l’usage éthique de services cloud dans une salle de supervision informatique.
Illustration : Actu.ai

Lorsqu’une entreprise fournit du cloud et de l’intelligence artificielle à des administrations, la frontière entre infrastructure informatique générale et usage militaire devient particulièrement sensible. Microsoft se retrouve confronté à cette question dans le contexte de la guerre à Gaza. Le groupe américain a répondu publiquement, le 15 mai 2025, à des accusations et à des inquiétudes portant sur l’utilisation possible de ses produits par l’armée israélienne.

Dans une déclaration consacrée à ses activités en Israël, Microsoft affirme avoir mené une revue interne, complétée par une démarche de « recherche de faits externe ». Sa conclusion, formulée avec prudence, est qu’il n’a trouvé « aucune preuve à ce jour » que ses technologies cloud Azure ou ses outils d’intelligence artificielle aient servi à cibler ou à nuire à des personnes dans le conflit à Gaza.

Cette formule répond à une préoccupation majeure, sans clore pour autant le débat. Elle repose sur les éléments auxquels l’entreprise dit avoir eu accès, et non sur une enquête judiciaire ni sur une vérification publique indépendante dont les méthodes seraient connues. Comprendre ce que Microsoft affirme, mais aussi ce que cette revue ne permet pas d’établir, est essentiel pour mesurer les enjeux.

Ce que Microsoft dit avoir vérifié

Microsoft indique prendre les allégations au sérieux et avoir examiné le rôle potentiel de ses services dans ce contexte. Le groupe précise fournir au ministère israélien de la Défense des logiciels, des services de cloud computing, dont Azure, ainsi que des technologies d’intelligence artificielle.

Azure est l’infrastructure de cloud de Microsoft. Elle peut notamment fournir de la puissance de calcul, de l’espace de stockage, des bases de données ou des outils permettant de développer et d’exécuter des applications. Ces capacités ont des usages civils courants, par exemple dans les hôpitaux, les administrations ou les entreprises. Elles peuvent aussi être achetées par des organismes de défense, comme c’est le cas dans de nombreux pays.

Microsoft ne soutient donc pas qu’aucun de ses produits n’est utilisé par les institutions israéliennes. Sa déclaration est plus précise : après sa revue, l’entreprise dit ne pas disposer d’élément établissant que ses services Azure et ses technologies d’IA ont été employés pour viser ou blesser des personnes à Gaza.

L’entreprise rappelle également avoir apporté un soutien d’urgence limité au gouvernement israélien après les attaques du 7 octobre 2023, dans le but déclaré d’aider aux efforts de sauvetage des otages. Cette aide ne constitue pas, selon Microsoft, une autorisation générale d’usage de ses technologies dans les opérations militaires.

Point en débatCe que Microsoft affirme au 15 mai 2025Ce que cela ne permet pas, à lui seul, de conclure
Relations avec le ministère israélien de la DéfenseMicrosoft fournit des logiciels, des services Azure et des outils d’IA.La nature exacte de chaque contrat, de chaque produit et de chaque utilisateur final n’est pas détaillée publiquement.
Allégations sur GazaL’entreprise dit n’avoir trouvé aucune preuve d’un usage de ses technologies pour cibler ou nuire à des personnes.Cette conclusion ne vaut pas démonstration publique qu’aucun usage problématique n’a jamais été possible.
Revue annoncéeMicrosoft évoque une enquête interne et une recherche de faits externe.La déclaration ne publie ni protocole complet, ni corpus de données, ni conclusions détaillées d’un audit indépendant.
Règles d’usageLes clients sont censés respecter les politiques d’usage acceptable et le code de conduite de Microsoft pour l’IA.Une règle contractuelle ne garantit pas automatiquement la visibilité totale du fournisseur sur tous les usages réels.

D’où viennent les accusations concernant Microsoft et Gaza ?

Les interrogations portent sur le rôle possible de produits technologiques dans les activités militaires israéliennes pendant la guerre à Gaza. Des organisations de défense des droits humains, des militants et des médias ont demandé aux grandes entreprises technologiques d’examiner plus strictement les usages de leurs infrastructures dans les zones de conflit.

Dans le cas de Microsoft, l’attention se concentre notamment sur le cloud, les services de communication, le traitement de données et l’intelligence artificielle. Ces technologies sont dites « polyvalentes » : elles peuvent servir à des tâches administratives, logistiques ou de cybersécurité, mais aussi soutenir des activités de renseignement ou de planification lorsqu’elles sont intégrées dans des systèmes militaires.

C’est précisément cette polyvalence qui complique le débat. Un outil de stockage de données ou de calcul à distance n’est pas une arme en lui-même. Mais son emploi, les données qu’il héberge, les logiciels qui y sont exécutés et les décisions qu’il facilite peuvent avoir des conséquences majeures selon le contexte.

Les critiques demandent donc aux fournisseurs de ne pas se limiter à la neutralité apparente de l’infrastructure. Leur question est plus large : jusqu’où une entreprise doit-elle vérifier la finalité d’un service vendu à un organisme public ou de défense lorsqu’un risque d’atteinte aux droits humains est allégué ?

Pourquoi le cloud rend-il le contrôle si difficile ?

Les services cloud sont conçus pour être flexibles. Un client peut y louer des ressources informatiques, y déployer ses propres applications et y traiter ses données. Cette architecture permet une grande rapidité d’utilisation, mais elle limite aussi la connaissance directe que le prestataire possède des opérations métier de son client.

Microsoft souligne ainsi ne pas avoir de visibilité sur tout ce que ses clients peuvent faire avec leurs logiciels lorsqu’ils les utilisent sur leurs propres serveurs, ou sur des infrastructures qui ne sont pas celles de Microsoft. Cette limite technique et contractuelle explique pourquoi une revue menée par l’entreprise ne peut pas forcément répondre à toutes les interrogations externes.

Le problème ne se réduit pas à l’IA générative, comme les assistants capables de produire du texte ou des images. Dans le débat actuel, le terme « IA » peut couvrir des outils d’analyse, de classement, de reconnaissance de formes ou d’automatisation. Quant au cloud, il peut héberger des applications qui ne sont pas développées par le fournisseur de l’infrastructure.

Ce que la revue de Microsoft établit, et ce qu’elle laisse en suspens

Ce que Microsoft affirme

  • Une revue interne et une recherche de faits externe ont été engagées.
  • Aucune preuve d’un usage d’Azure ou de l’IA de Microsoft pour cibler ou nuire à Gaza n’a été trouvée.
  • Les services fournis au ministère israélien de la Défense relèvent, selon Microsoft, de ses politiques d’usage.
  • L’entreprise dit interdire les usages facilitant la surveillance de masse de civils ou des violations des droits humains.

Les limites de cette réponse

  • La méthode complète de la revue et ses éléments de preuve ne sont pas publiés.
  • Microsoft reconnaît ne pas pouvoir observer tous les usages de logiciels sur des serveurs contrôlés par ses clients.
  • La déclaration ne détaille pas publiquement l’ensemble des contrats et des services concernés.
  • La conclusion de Microsoft ne remplace pas une enquête judiciaire ou un audit indépendant rendu public.

Ce que les règles de Microsoft prévoient en matière de droits humains

Microsoft affirme que ses relations avec les clients du secteur de la défense sont soumises à ses politiques d’usage acceptable et à son code de conduite pour l’intelligence artificielle. L’entreprise indique aussi, conformément à sa pratique de longue date, ne pas fournir de technologies destinées à faciliter une surveillance de masse de civils ou des violations des droits humains internationalement reconnus.

Ces engagements posent une règle de principe importante. Ils ne règlent toutefois pas toutes les situations concrètes. Pour être appliquées, les politiques d’usage doivent s’accompagner de mécanismes de détection, de procédures d’alerte, d’examens contractuels et, si nécessaire, de la capacité à restreindre un service.

Dans un environnement de conflit, les demandes de transparence sont donc particulièrement fortes. Les parties prenantes veulent savoir quelles évaluations sont menées avant la signature d’un contrat, quelles clauses encadrent l’utilisation des technologies, quels signaux peuvent déclencher une vérification et quelles conséquences sont prévues en cas de non-respect.

Microsoft n’a pas rendu publics, dans sa déclaration du 15 mai, tous les détails opérationnels de sa revue. L’entreprise affirme en revanche que ses équipes spécialisées examinent les engagements sensibles et que ses principes s’appliquent à ses activités dans la région comme ailleurs.

Une réponse qui vise aussi à restaurer la confiance

La prise de parole de Microsoft intervient dans un climat où les entreprises technologiques sont de plus en plus appelées à préciser leur responsabilité sociale. Pour le grand public, les clients et les salariés, la question ne porte pas seulement sur la légalité formelle d’un contrat. Elle touche aussi à l’éthique des choix commerciaux, à la traçabilité des technologies et à la cohérence entre les engagements affichés et les pratiques réelles.

L’enjeu d’image est considérable. Microsoft est présent auprès des entreprises, des écoles, des administrations et de millions d’utilisateurs. Dans une crise géopolitique aussi grave, une réponse perçue comme insuffisamment étayée peut nourrir la défiance, tandis qu’une communication trop catégorique peut être contestée si son périmètre n’est pas clairement expliqué.

La déclaration du groupe adopte donc un équilibre délicat. Elle réaffirme la fourniture de services au ministère israélien de la Défense, tout en contestant avoir trouvé la preuve d’un usage de ses technologies Azure ou d’IA pour nuire à des personnes à Gaza. Elle insiste également sur l’existence de règles internes, sans prétendre disposer d’une visibilité absolue sur tous les usages de logiciels par ses clients.

Ce qu’il faut surveiller

La principale question pour la suite concerne la transparence de la démarche engagée. Microsoft pourrait être amené à préciser davantage le périmètre de sa recherche de faits externe, les critères employés dans son examen et les mesures qu’il appliquerait si de nouveaux éléments crédibles étaient portés à sa connaissance.

Il faudra également suivre l’évolution des attentes à l’égard des grands fournisseurs de cloud. À mesure que les infrastructures numériques deviennent essentielles aux États et aux armées, les entreprises comme Microsoft, mais aussi leurs concurrents, sont confrontées à une demande croissante de contrôle des risques liés aux droits humains.

Enfin, cette affaire rappelle une réalité souvent mal comprise : l’intelligence artificielle n’existe pas séparément des infrastructures qui la font fonctionner. Les débats éthiques sur l’IA concernent aussi les centres de données, les contrats cloud, les conditions d’accès aux outils et la capacité des fournisseurs à examiner des usages sensibles. Pour Microsoft, la réponse apportée le 15 mai 2025 constitue une position publique importante, mais elle ne met pas fin aux demandes de preuves, de contrôle et de responsabilité qui entourent ses activités dans la région.

Questions fréquentes

Microsoft fournit-il des technologies à l’armée israélienne ?

Microsoft a déclaré le 15 mai 2025 fournir au ministère israélien de la Défense des logiciels, des services de cloud Azure et des outils d’intelligence artificielle. L’entreprise précise que ces prestations sont encadrées, selon elle, par ses politiques d’usage acceptable et son code de conduite relatif à l’IA.

Microsoft a-t-il trouvé que ses outils étaient utilisés à Gaza ?

Microsoft affirme n’avoir trouvé aucune preuve à ce jour que ses technologies cloud Azure ou ses outils d’intelligence artificielle aient été utilisés pour cibler ou nuire à des personnes dans le conflit à Gaza. Cette conclusion correspond à une revue interne et à une recherche de faits externe évoquée par l’entreprise.

Pourquoi l’usage du cloud militaire suscite-t-il des inquiétudes ?

Le cloud fournit de la puissance de calcul, du stockage et des outils logiciels qui peuvent avoir des usages administratifs, logistiques ou de cybersécurité. Dans un contexte militaire, ces mêmes capacités peuvent aussi soutenir des activités sensibles. Les critiques demandent donc aux fournisseurs de mieux évaluer les risques liés aux droits humains et aux usages finaux.

Une politique d’usage acceptable suffit-elle à empêcher les abus ?

Une politique d’usage acceptable fixe des interdictions contractuelles et peut permettre de suspendre un service. Elle ne garantit cependant pas une connaissance exhaustive des opérations du client, surtout lorsque celui-ci utilise ses propres logiciels ou infrastructures. Son efficacité dépend des contrôles, des informations disponibles et des mécanismes d’application prévus.

Que signifie la recherche de faits externe annoncée par Microsoft ?

Microsoft indique avoir complété son examen interne par une recherche de faits externe afin d’éclaircir les allégations liées à ses activités en Israël. Dans sa déclaration du 15 mai 2025, l’entreprise ne détaille pas publiquement les personnes consultées, les documents examinés ni la méthodologie complète de cette démarche.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Microsoft, déclaration du 15 mai 2025 sur ses activités en Israëlblogs.microsoft.com
  2. Microsoft, déclaration sur les droits humainswww.microsoft.com/en-us/corporate-responsibility/human-rights-statement
  3. The Guardian, enquête sur les liens entre Microsoft et l’armée israéliennewww.theguardian.com/technology/2025/apr/16/microsoft-deepens-ties-with-israeli-military-amid-gaza-war