IA et enfants : le pape Léon XIV appelle à protéger leur développement
Dans un message du 17 juin 2025, le pape Léon XIV a appelé à une vigilance particulière face aux effets possibles de l’intelligence artificielle sur les enfants et les adolescents. Son intervention relance un débat concret : comment bénéficier des outils numériques sans fragiliser l’apprentissage, les liens sociaux et l’autonomie des plus jeunes ?

L’intelligence artificielle entre déjà dans les devoirs, les moteurs de recommandation, les jeux, les réseaux sociaux et les conversations quotidiennes des enfants. Cette présence croissante ne soulève pas seulement des questions techniques. Elle interroge aussi la qualité des apprentissages, la construction de l’autonomie et la place que les relations humaines doivent conserver dans l’éducation.
Dans un message daté du 17 juin 2025, le pape Léon XIV a exprimé sa préoccupation face aux conséquences possibles de l’intelligence artificielle sur le développement intellectuel et neurologique des enfants et des jeunes. Son propos ne consiste pas à rejeter toute technologie. Il invite plutôt à se demander ce que ces outils font réellement à celles et ceux qui les utilisent, surtout lorsqu’ils sont encore en train d’apprendre à penser, à choisir et à vivre avec les autres.
Une alerte sur la maturité des jeunes
L’intervention de Léon XIV s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’éthique de l’IA. Dans son message aux participants d’une conférence consacrée à l’intelligence artificielle, à l’éthique et à la gouvernance d’entreprise, le pape souligne que les jeunes doivent être accompagnés dans leur cheminement vers la maturité et la responsabilité. Leur avenir, insiste-t-il, dépend aussi de leur capacité à développer leurs propres talents et à répondre aux besoins de leur époque.
Cette formulation place le débat à distance de deux réflexes opposés. Le premier serait de considérer l’IA comme un danger par nature. Le second, tout aussi simplificateur, serait de voir dans chaque nouvel outil une solution automatique aux difficultés de l’école, de l’information ou de la parentalité. Entre ces deux positions, la question centrale est celle de l’usage.
Un système d’IA peut fournir une explication adaptée à un niveau scolaire, aider à reformuler un texte ou proposer des pistes de recherche. Mais il peut aussi donner une réponse erronée avec assurance, reproduire des biais présents dans ses données d’entraînement ou encourager une délégation excessive de certaines tâches intellectuelles. Pour un enfant, qui ne dispose pas encore de tous les repères nécessaires pour évaluer une information, la distinction est particulièrement importante.
Pourquoi l’IA peut modifier les expériences des enfants
L’intelligence artificielle n’est pas un objet unique. Elle recouvre des services très différents, dont les effets potentiels ne sont pas les mêmes : un assistant conversationnel utilisé pour les devoirs, un fil de vidéos recommandé par un algorithme, un jeu qui personnalise ses défis ou une application qui génère des images.
Le risque d’isolement et de dépendance évoqué dans le débat public doit donc être examiné avec précision. Une conversation avec un chatbot n’équivaut pas à une discussion avec un parent, un camarade ou un enseignant. Le logiciel peut imiter une forme de dialogue, mais il ne partage ni expérience vécue, ni responsabilité morale, ni compréhension authentique des émotions. Lorsqu’un enfant se tourne systématiquement vers une machine pour obtenir réconfort, conseils ou validation, l’équilibre entre interactions numériques et relations humaines mérite d’être interrogé.
De même, les systèmes de recommandation sont conçus pour sélectionner des contenus susceptibles de retenir l’attention. Cette fonction peut aider à découvrir une vidéo éducative ou une activité adaptée. Elle peut aussi enfermer progressivement l’utilisateur dans une succession de contenus similaires, sans qu’il mesure clairement pourquoi ils lui sont proposés. Chez les plus jeunes, la capacité à prendre du recul face à ces mécanismes se construit encore.
| Situation courante | Ce que l’IA peut apporter | Le point de vigilance pour un enfant |
|---|---|---|
| Assistant conversationnel pour les devoirs | Reformuler une notion, proposer des exemples, aider à s’entraîner | Une réponse plausible peut être fausse, incomplète ou inadaptée au contexte scolaire |
| Fil de vidéos ou de publications recommandé | Faire découvrir des contenus correspondant à un centre d’intérêt | La recommandation peut capter durablement l’attention et limiter la diversité des contenus vus |
| Générateur de textes ou d’images | Donner des idées, expliquer un premier brouillon, stimuler une production | L’outil peut remplacer trop vite l’effort personnel ou brouiller la notion d’auteur |
| Application conversationnelle | Offrir une interaction immédiate et disponible | Son ton humain ne garantit ni compréhension réelle, ni conseil approprié, ni confidentialité absolue |
Il ne s’agit pas d’affirmer que l’IA provoque mécaniquement l’isolement ou les difficultés d’apprentissage. Les effets dépendent du temps d’usage, de l’âge, du type de service, de l’accompagnement adulte et de la situation de chaque enfant. Mais le rappel de Léon XIV invite à ne pas confondre disponibilité permanente d’une machine et qualité d’un accompagnement humain.
IA chez les enfants : la différence entre un outil accompagné et un usage laissé seul
Un usage accompagné
- L’adulte aide l’enfant à définir un objectif concret avant d’utiliser l’outil.
- Les réponses de l’IA sont comparées à un cours, un livre ou une source fiable.
- Le chatbot sert de point de départ, sans devenir l’unique interlocuteur de l’enfant.
- Les données personnelles et les paramètres du service sont examinés ensemble.
Un usage sans repères
- Une réponse fluide risque d’être prise pour une information certaine, même lorsqu’elle est erronée.
- L’outil peut faire à la place de l’enfant une tâche qui devrait soutenir son apprentissage.
- Les recommandations automatiques peuvent orienter longtemps l’attention vers des contenus similaires.
- L’enfant peut partager des informations sensibles sans mesurer les conséquences possibles.
À l’école, l’enjeu est moins d’interdire que d’apprendre à vérifier
L’école est l’un des lieux où cette question devient la plus concrète. Les outils génératifs peuvent assister un élève qui bloque devant une consigne, lui faire varier les exemples ou l’aider à repérer une faute de grammaire. Pour un enseignant, ils peuvent aussi servir à préparer des exercices différenciés. Ces usages ne sont pas nécessairement contraires à l’apprentissage, à condition de savoir ce que l’outil fait et ce qu’il ne fait pas.
Le premier risque est celui de la substitution. Si une IA produit directement une dissertation, résout un problème ou écrit une synthèse, l’élève obtient un résultat sans nécessairement avoir mené le raisonnement qui permet d’apprendre. Or l’éducation ne consiste pas uniquement à fournir une bonne réponse. Elle développe aussi la patience devant une difficulté, la capacité à formuler une question, à confronter plusieurs sources et à reconnaître une erreur.
Le second risque tient à la fiabilité. Les modèles génératifs prédisent des suites de mots ou produisent des contenus à partir de très grandes quantités de données. Ils ne vérifient pas systématiquement les faits comme le ferait un documentaliste, un scientifique ou un enseignant. Ils peuvent inventer une référence, confondre deux dates ou présenter une approximation comme une certitude. Cette limite rend indispensable une éducation au doute raisonné.
Dans ce contexte, l’IA peut devenir un objet d’apprentissage en elle-même. Un exercice utile consiste, par exemple, à comparer une réponse générée avec un cours, un manuel ou plusieurs documents fiables, puis à repérer les imprécisions. L’enfant ne se contente plus de recevoir une réponse : il apprend à la questionner.
Le rôle décisif des parents et des éducateurs
Face à des outils qui évoluent rapidement, le rôle des adultes n’est pas de tout connaître ni de surveiller chaque clic. Il consiste d’abord à rester présent. Un enfant qui sait qu’il peut parler d’une réponse étrange, d’une image inquiétante ou d’une conversation inconfortable sera mieux armé qu’un enfant laissé seul devant un service dont il ne comprend ni les règles ni les intentions.
Quelques repères peuvent aider à instaurer cette médiation :
- demander à l’enfant à quoi sert l’outil et ce qu’il lui a apporté, plutôt que de s’arrêter à la durée d’écran ;
- rappeler qu’un chatbot peut se tromper et qu’il ne remplace pas un adulte compétent, en particulier pour une question de santé, de sécurité ou de mal-être ;
- éviter de transmettre dans une conversation des informations personnelles, des photos privées ou des données concernant d’autres personnes ;
- préserver des moments sans outil numérique, consacrés au jeu, à la lecture, au sport, aux échanges familiaux et aux activités collectives ;
- fixer des règles adaptées à l’âge, réévaluées lorsque les pratiques de l’enfant changent.
Ces règles gagnent à être discutées plutôt qu’imposées sans explication. Le but n’est pas seulement de réduire un risque immédiat. Il est de permettre à l’enfant de construire progressivement ses propres réflexes : vérifier avant de croire, demander de l’aide, protéger sa vie privée et ne pas confondre une réponse instantanée avec une réponse juste.
Cette responsabilité concerne aussi les concepteurs de services. Une interface séduisante, une conversation anthropomorphique ou des recommandations très insistantes peuvent avoir un effet particulier sur un public jeune. Les entreprises qui développent ou déploient ces outils doivent donc intégrer la sécurité, la protection des données et l’intérêt de l’enfant dès la conception, au lieu de traiter ces sujets comme de simples options ajoutées après coup.
Quelles protections existent dans l’Union européenne ?
L’appel éthique de Léon XIV rencontre un cadre juridique en construction. Dans l’Union européenne, le règlement sur l’intelligence artificielle, souvent appelé AI Act, est entré en vigueur le 1er août 2024 et ses règles s’appliquent progressivement selon un calendrier échelonné.
Depuis le 2 février 2025, certaines pratiques sont interdites, notamment lorsque des systèmes d’IA utilisent des techniques manipulatrices ou exploitent des vulnérabilités liées à l’âge de manière susceptible de causer un préjudice important. Cette règle ne répond pas à toutes les situations rencontrées par les familles, mais elle établit un principe clair : l’âge et la vulnérabilité des utilisateurs doivent compter dans l’évaluation d’un système.
D’autres textes européens complètent cette approche. Le Règlement général sur la protection des données encadre la collecte et l’utilisation des données personnelles. Le règlement sur les services numériques impose quant à lui des obligations particulières aux grandes plateformes, notamment dans la gestion des risques pour les mineurs. Ces mécanismes ne dispensent cependant ni les parents, ni les écoles, ni les entreprises de leur part de responsabilité.
La difficulté est que la loi avance moins vite que les usages. Un nouvel assistant peut devenir populaire auprès des élèves en quelques semaines, tandis que les règles, les pratiques pédagogiques et les outils de contrôle demandent plus de temps. D’où l’intérêt de ne pas attendre une crise pour parler d’IA avec les jeunes.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois
L’intervention du pape Léon XIV rappelle que le débat sur l’IA et l’enfance ne peut pas se réduire à une opposition entre innovation et protection. Les deux objectifs doivent progresser ensemble. Une technologie utile à l’éducation sera d’autant plus crédible qu’elle respectera l’autonomie des élèves, la vie privée des familles et le rôle irremplaçable des adultes.
Plusieurs questions resteront décisives à mesure que les outils se diffusent : les plateformes expliqueront-elles clairement leurs limites aux mineurs ? Les écoles disposeront-elles de règles compréhensibles pour l’usage des assistants génératifs ? Les parents auront-ils accès à des informations simples sur les données collectées et les réglages de sécurité ? Et les enfants eux-mêmes seront-ils associés à l’apprentissage de ces nouveaux codes ?
La réponse ne réside pas dans l’idée d’une enfance coupée du numérique, ni dans l’abandon des jeunes à des systèmes qu’ils ne maîtrisent pas. Elle passe par une éducation patiente, des règles proportionnées et une exigence constante : l’intelligence artificielle doit rester un outil au service du développement humain, et non un substitut à l’attention, au jugement et au lien social.
Questions fréquentes
Que dit le pape Léon XIV sur l’intelligence artificielle et les enfants ?
Dans un message du 17 juin 2025, Léon XIV s’est dit préoccupé par les conséquences possibles de l’IA sur le développement intellectuel et neurologique des jeunes. Il appelle à aider les enfants dans leur cheminement vers la maturité et la responsabilité, plutôt qu’à les entraver. Son intervention défend une technologie guidée par des valeurs humaines.
L’intelligence artificielle est-elle dangereuse pour les enfants ?
L’IA n’est pas dangereuse par nature, mais certains usages peuvent poser problème. Une réponse peut être fausse, un service peut encourager une attention prolongée, ou un chatbot peut donner l’illusion d’une relation humaine. Les risques dépendent de l’âge, du contexte, de l’outil utilisé et surtout de la présence d’un accompagnement adulte.
Comment utiliser ChatGPT ou un autre chatbot avec un enfant ?
Il est préférable de l’utiliser comme un support de discussion plutôt que comme une machine à faire les devoirs. L’enfant peut demander une explication, puis vérifier la réponse dans son cours ou avec un adulte. Il faut aussi éviter d’y saisir un nom complet, une adresse, une photo privée ou toute information personnelle concernant l’enfant ou son entourage.
Quel rôle les parents doivent-ils jouer face à l’IA ?
Les parents ont avant tout un rôle de médiation. Ils peuvent parler des outils utilisés, fixer des règles adaptées à l’âge, rappeler qu’une IA peut se tromper et préserver des activités hors écran. L’objectif n’est pas un contrôle permanent, mais l’acquisition de réflexes durables : vérifier, demander de l’aide et protéger ses données.
L’Union européenne protège-t-elle les mineurs contre certains usages de l’IA ?
Oui, mais les protections s’appliquent progressivement. Depuis le 2 février 2025, l’AI Act interdit notamment certaines pratiques qui exploitent les vulnérabilités liées à l’âge et risquent de causer un préjudice important. Le texte complète les règles sur les données personnelles et les obligations des plateformes, sans fixer à lui seul une règle unique pour tous les usages familiaux.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Vatican, site officiel et messages du pape Léon XIVwww.vatican.va
- Commission européenne, cadre réglementaire européen sur l’intelligence artificielledigital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/regulatory-framework-ai
- UNESCO, recommandation sur l’éthique de l’intelligence artificiellewww.unesco.org/en/artificial-intelligence/recommendation-ethics
- UNICEF, travaux sur l’intelligence artificielle et les enfantswww.unicef.org/innovation/ai



