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Google face à l’IA générative : pourquoi son avenir reste loin d’être compromis

L’essor de ChatGPT et des réponses générées par IA ne signe pas la fin de Google. Avec un volume de recherches toujours en hausse, une présence mondiale et l’intégration des AI Overviews, le groupe conserve des atouts majeurs. Mais cette évolution fragilise déjà l’économie des sites dépendants du référencement naturel.

Un ordinateur de recherche web et un smartphone d’assistant IA illustrent l’évolution des usages numériques.
Illustration : Actu.ai

En juillet 2025, annoncer la disparition prochaine de Google paraît séduisant : les assistants conversationnels rédigent, résument et répondent désormais en quelques secondes à des questions auparavant confiées à un moteur de recherche. Pourtant, cette lecture oublie un élément décisif : une technologie nouvelle ne remplace pas automatiquement les habitudes, les infrastructures et les services construits pendant des années. Google fait face à un changement profond, mais ses chiffres d’usage, sa distribution mondiale et sa capacité à intégrer l’IA montrent que son avenir n’est pas mécaniquement compromis.

Le vrai basculement concerne moins l’existence de Google que la manière dont les internautes accèdent à l’information, et la façon dont les sites sont rémunérés pour la produire. L’IA générative pousse Google à faire évoluer son moteur. Elle oblige aussi les médias, commerçants, créateurs et marques à ne plus dépendre exclusivement des clics venus des résultats traditionnels.

La recherche Google continue de croître malgré l’essor des chatbots

Le récit d’une fin de Google repose sur une idée simple : si une personne pose directement sa question à un assistant, elle n’aurait plus besoin d’ouvrir un moteur de recherche. Dans la pratique, les deux usages ne se recouvrent qu’en partie. Chercher une adresse, comparer des horaires, trouver un commerce proche, naviguer vers un site connu ou acheter un produit sont des gestes rapides, souvent ancrés dans Google et son écosystème.

Les chiffres repris dans ce bilan vont dans ce sens. En 2023, le volume de recherches de Google aurait progressé de 21,64 %, pour atteindre 15 milliards de requêtes par jour. Une requête ne représente évidemment pas un utilisateur unique : une même personne peut chercher plusieurs fois dans une journée. Mais une telle échelle rappelle la place du moteur dans les usages quotidiens du web.

Indicateur citéNiveau observéCe qu’il indique
Recherches Google quotidiennes15 milliardsUne infrastructure de recherche utilisée à très grande échelle
Progression du volume de recherches Google en 202321,64 %L’IA générative n’a pas fait disparaître l’usage du moteur
Requêtes quotidiennes attribuées à ChatGPT37,5 millionsUne adoption très rapide, à une échelle encore bien moindre
Part relative attribuée à ChatGPT face à Google0,24 %Un écart massif entre le nouvel assistant et le moteur historique

Ces données doivent être lues avec méthode. Mesurer des « requêtes » n’est pas parfaitement comparable d’un service à l’autre : les interfaces, les pays couverts et la définition même d’une interaction diffèrent. Elles permettent néanmoins de distinguer deux réalités. ChatGPT a installé une nouvelle habitude de consultation conversationnelle. Google, de son côté, reste le réflexe dominant pour une immense diversité de recherches.

Les AI Overviews changent le moteur de l’intérieur

Google n’a pas choisi d’observer passivement la montée de l’IA générative. Avec les AI Overviews, le moteur peut afficher une synthèse générée par IA directement dans la page de résultats, accompagnée de pistes pour approfondir. L’objectif est de traiter les questions qui demandent habituellement de croiser plusieurs pages, sans imposer à l’internaute une succession de recherches et de clics.

Concrètement, cette approche combine deux fonctions. La première est la recherche classique : Google identifie et classe des contenus du web. La seconde est générative : un modèle d’IA formule une réponse synthétique à partir des éléments jugés utiles. L’expérience se rapproche alors, sur certains sujets, de celle d’un assistant conversationnel.

Cette intégration est stratégique. Elle permet à Google de conserver l’utilisateur dans son interface tout en répondant à l’attente nouvelle d’une réponse immédiate. Sundar Pichai, le dirigeant d’Alphabet, présente cette évolution comme une adaptation de Google à la transformation des usages numériques. Le groupe fait ainsi valoir que l’IA intégrée à la recherche peut susciter davantage de questions et d’engagement, plutôt que détourner mécaniquement les internautes du moteur.

Il faut toutefois éviter un raccourci : la présence d’une réponse directe ne prouve pas, à elle seule, qu’elle augmente le nombre total de recherches. En revanche, elle modifie clairement le parcours. Là où l’internaute devait autrefois ouvrir plusieurs liens pour obtenir une vue d’ensemble, il peut désormais s’arrêter à une synthèse, la préciser ou poursuivre sa recherche dans Google.

Pourquoi l’avantage de distribution de Google reste considérable

Un moteur de recherche ne se résume pas à la qualité de ses réponses. Sa force dépend aussi de l’endroit où il est accessible, de la rapidité avec laquelle il s’ouvre et des services auxquels il est relié. Sur ce terrain, Google dispose d’un avantage acquis sur une longue période.

Le moteur est étroitement associé à Android, au navigateur Chrome et à des fonctions vocales. Pour des millions de personnes, notamment parmi celles qui découvrent le web depuis un smartphone, Google constitue l’une des premières portes d’entrée vers Internet. Cette position est particulièrement importante dans les régions où de nouveaux publics se connectent, comme l’Inde, l’Afrique ou l’Asie du Sud-Est.

Cette présence ne rend pas la concurrence impossible. Un utilisateur peut installer une application d’IA, choisir un autre navigateur ou interroger plusieurs services. Mais elle réduit la friction qui sépare un outil de son adoption massive. Un assistant doit convaincre l’utilisateur d’ouvrir une application ou de changer de réflexe. Google est déjà présent dans de nombreux parcours : navigation, carte, recherche d’images, vidéos, messagerie ou consultation sur mobile.

L’autre atout est l’accumulation de signaux liés à la recherche. Les demandes locales, les itinéraires, les produits, les horaires, les langues et les appareils constituent autant de contextes dans lesquels un moteur généraliste peut apporter une réponse pratique. L’IA ne supprime pas cette valeur, elle peut au contraire l’exploiter pour rendre la réponse plus contextualisée.

Google et ChatGPT ne remplissent pas exactement le même rôle

Le succès de ChatGPT est réel. Avec 37,5 millions de requêtes quotidiennes selon les chiffres évoqués ici, l’outil a démontré qu’un grand nombre de personnes préfèrent parfois formuler une demande complète plutôt que saisir quelques mots-clés. Son principal intérêt réside dans l’échange : on peut demander un brouillon, une explication adaptée à son niveau, un tableau, une liste d’idées ou une amélioration de texte, puis affiner la réponse.

Google conserve une grande efficacité dans les recherches dont l’issue est immédiate et concrète. Lorsqu’il faut accéder à un site, choisir un restaurant, trouver une disponibilité, comparer rapidement des offres ou consulter une information locale, le moteur et ses services associés répondent à une intention précise. Ces usages sont aussi essentiels à son modèle économique, car ils sont proches d’une décision d’achat ou d’une action.

La concurrence existe, notamment parce que chaque nouvel usage conversationnel peut détourner une partie de l’attention auparavant réservée à la recherche classique. Mais présenter les deux outils comme des substituts parfaits masque l’essentiel : les internautes peuvent les utiliser successivement, voire pour des tâches différentes au cours de la même journée.

Recherche classique et assistant conversationnel : des usages souvent complémentaires

Google et la recherche web

  • Très adapté aux recherches locales, transactionnelles et de navigation vers un site.
  • S’appuie sur une présence installée dans Android, Chrome et de nombreux services.
  • Propose des liens, des cartes, des fiches pratiques et des résultats variés.
  • Intègre des réponses générées avec les AI Overviews.
  • Reste central pour les requêtes brèves et les actions immédiates.

ChatGPT et les assistants IA

  • Particulièrement utile pour rédiger, expliquer, structurer et reformuler.
  • Permet un échange suivi, avec des demandes précisées tour après tour.
  • Traite environ 37,5 millions de requêtes par jour selon les chiffres cités.
  • Représente une nouvelle porte d’entrée vers l’information et la production de contenu.
  • N’atteint pas l’échelle de requêtes quotidiennes attribuée à Google.

Le véritable choc concerne l’économie du web

C’est pour les éditeurs de sites que la transformation est la plus sensible. Le modèle historique de la recherche reposait largement sur une chaîne simple : une question, une liste de liens, puis une visite sur une page externe. Les sites pouvaient attirer une audience grâce au référencement naturel, ensuite monétisée par la publicité, les abonnements, la vente de produits ou des prises de contact.

Les AI Overviews raccourcissent parfois ce parcours. Si la réponse à une question simple est visible sans clic, le site qui aurait fourni cette information peut recevoir moins de visiteurs. Cela ne signifie pas que tous les contenus perdent leur intérêt. Une synthèse générée ne remplace pas nécessairement une enquête originale, une expertise détaillée, une vidéo, un comparatif approfondi, une communauté ou un service transactionnel. Mais elle peut capter une part des recherches informationnelles les plus génériques.

La dépendance exclusive au référencement naturel devient donc plus risquée. Pour les entreprises comme pour les médias, plusieurs leviers gagnent en importance :

  • construire une audience directe, par exemple via une marque reconnue, une newsletter ou une communauté ;
  • produire des contenus réellement distinctifs, fondés sur une expérience, des données, une expertise ou un service ;
  • diversifier les canaux d’acquisition, sans supposer qu’un seul moteur restera éternellement la principale source de trafic ;
  • suivre les conversions et la fidélité, plutôt que le seul volume brut de visites.

Une disruption progressive, pas un remplacement instantané

L’histoire des technologies numériques montre que les changements majeurs prennent rarement la forme d’un basculement immédiat. Les smartphones ont fini par modifier profondément la place des téléphones mobiles classiques, mais l’adoption a demandé du temps, des réseaux, des applications, des appareils abordables et de nouvelles habitudes. La recherche assistée par IA suit une logique comparable : elle est déjà visible, sans que tous les usages antérieurs aient disparu.

Google dispose donc d’une marge d’adaptation importante. Son enjeu consiste à intégrer les nouvelles interfaces sans fragiliser les qualités qui ont fait sa force : la rapidité, la pertinence, la confiance dans les résultats et l’utilité pour les recherches locales ou transactionnelles. Il doit également maintenir un écosystème de sites suffisamment dynamique pour continuer à alimenter le web qu’il indexe.

D’autres acteurs peuvent accélérer la pression concurrentielle. Perplexity, dont l’usage aurait été multiplié par dix en un an, illustre l’intérêt grandissant pour des outils mêlant réponse synthétique et exploration du web. Chaque mois peut voir apparaître de nouvelles interfaces ou spécialités. Toutefois, la croissance rapide d’un acteur ne suffit pas, à elle seule, à effacer un service utilisé à l’échelle mondiale.

Cette mutation nourrit aussi des inquiétudes sur l’emploi, en particulier chez les jeunes générations. Les craintes exprimées autour de l’IA concernent des métiers de création, de support, de rédaction, d’analyse ou d’administration. La recherche en ligne n’est qu’une partie du changement : les outils qui transforment l’accès à l’information peuvent aussi transformer la manière de produire, d’apprendre et de travailler.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

La question pertinente n’est pas seulement de savoir si Google « survivra » à l’IA générative. En juillet 2025, les indicateurs cités suggèrent qu’il reste très solidement installé. Il faut plutôt observer la vitesse à laquelle les habitudes se déplacent et qui bénéficie de la valeur créée par les réponses automatisées.

Trois signaux seront particulièrement importants. D’abord, la part des recherches pour lesquelles une réponse IA se substitue à la consultation de liens. Ensuite, l’évolution du trafic reçu par les éditeurs, notamment sur les requêtes informatives. Enfin, la capacité des nouveaux assistants à s’imposer dans les recherches locales, commerciales et quotidiennes, domaines où Google conserve un avantage pratique majeur.

Le paysage numérique qui se dessine est celui d’une coexistence. Les assistants conversationnels deviennent des interlocuteurs pour réfléchir et produire. Les moteurs de recherche demeurent des infrastructures d’accès au web, aux services et aux décisions concrètes. Google n’est pas à l’abri d’une érosion à long terme, mais les chiffres, ses produits et sa distribution montrent qu’il aborde cette transition avec des ressources considérables. Pour les autres acteurs du web, la leçon est plus urgente : il faut préparer dès maintenant un modèle moins dépendant d’un seul intermédiaire.

Questions fréquentes

Google va-t-il être remplacé par ChatGPT ?

Rien ne permet de l’affirmer en juillet 2025. ChatGPT a popularisé la recherche conversationnelle et répond efficacement à de nombreuses demandes de rédaction ou d’explication. Mais Google conserve un volume de recherches très supérieur, une présence forte sur mobile et un avantage pour les demandes locales, les achats, les cartes et l’accès direct aux sites.

Combien de recherches Google traite-t-il chaque jour ?

Les chiffres cités dans cet article font état de 15 milliards de requêtes quotidiennes pour Google, après une progression de 21,64 % de son volume de recherches en 2023. Ces estimations mesurent des requêtes, non des utilisateurs uniques, et doivent être comparées avec prudence aux interactions comptabilisées par les assistants conversationnels.

Que sont les AI Overviews de Google ?

Les AI Overviews sont des synthèses générées par IA qui peuvent apparaître dans les résultats de Google pour répondre directement à une question. Elles s’appuient sur la recherche web et proposent des pistes pour approfondir. Elles accélèrent l’accès à l’information, mais peuvent aussi limiter les clics vers certains sites lorsque la réponse suffit à l’utilisateur.

Pourquoi les AI Overviews inquiètent-ils les éditeurs de sites ?

De nombreux sites vivent d’une audience venant de Google. Lorsqu’une réponse est affichée directement dans le moteur, l’internaute peut ne pas ouvrir la page qui aurait auparavant apporté l’information. Les éditeurs doivent donc renforcer leurs contenus originaux, leurs services, leur audience fidèle et leurs autres canaux d’acquisition de visiteurs.

ChatGPT représente-t-il seulement 0,24 % de Google ?

Le chiffre de 0,24 % cité ici découle de la comparaison entre les 37,5 millions de requêtes quotidiennes attribuées à ChatGPT et l’échelle de 15 milliards de requêtes quotidiennes attribuée à Google. Cette comparaison donne un ordre de grandeur, mais les méthodes de comptage et les usages des deux services ne sont pas parfaitement identiques.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Alphabet, espace investisseurs et résultats financiersabc.xyz/investor
  2. Google, actualités et annonces sur Searchblog.google/products-and-platforms/products/search
  3. OpenAI, présentation de ChatGPT et de ses produitsopenai.com
  4. Perplexity, présentation du moteur de réponse assisté par IAwww.perplexity.ai