Culture et médias

Storehouse, le théâtre immersif londonien qui met la désinformation en scène

Du 4 juin au 20 septembre 2025, Storehouse investit un vaste entrepôt de Deptford, au sud de Londres. Avec Toby Jones, Meera Syal, Kathryn Hunter et Billy Howle, cette fiction immersive entend faire ressentir les mécanismes de la désinformation, tout en ouvrant un débat sur la confiance et la responsabilité du public.

Des visiteurs explorent une archive théâtrale immersive consacrée aux récits et à la désinformation.
Illustration : Actu.ai

À l’heure où chacun reçoit, commente et partage en continu des informations, la désinformation ne se résume plus à une simple rumeur isolée. C’est cette fragilité de la confiance que Storehouse veut placer au centre d’une expérience théâtrale de grande ampleur. À partir du 4 juin 2025, le public londonien sera invité à parcourir une fiction immersive où les récits deviennent un terrain de lutte.

Conçu par Sage & Jester Productions, le projet s’appuie sur une distribution reconnue, avec Toby Jones, Meera Syal, Kathryn Hunter et Billy Howle. Mais Storehouse ne se présente pas seulement comme un spectacle avec des comédiens célèbres. Il ambitionne de faire vivre physiquement au visiteur les effets de récits contradictoires, de la manipulation et du doute dans un vaste bâtiment de Deptford, au sud de Londres.

Storehouse transforme un entrepôt de Deptford en archive de l’humanité

Le cadre de Storehouse est à la mesure de son sujet : l’événement doit se déployer dans un espace de près de 9 000 mètres carrés au sein d’un bâtiment de Deptford. Le lieu n’est pas un simple décor. Il doit devenir une installation à explorer, bien au-delà de la séparation traditionnelle entre une scène, des artistes et des spectateurs assis face à eux.

Dans la fiction proposée, l’entrepôt conserve l’histoire de l’humanité depuis 1983, année associée dans le récit à l’avènement d’Internet. Les visiteurs y découvrent un monde où les faits, les mémoires et les récits sont archivés, sélectionnés et mis en circulation. L’intrigue met en jeu une confrontation entre la vérité et l’ordre, en s’intéressant à la manière dont des personnes puissantes peuvent façonner des récits à leur avantage.

RepèreCe qui est prévu
TitreStorehouse
DatesDu 4 juin au 20 septembre 2025
LieuUn bâtiment de Deptford, au sud de Londres
Surface annoncéePrès de 9 000 m²
ProductionSage & Jester Productions
Thème centralDésinformation, confiance et pouvoir des récits
Événements associésDébats publics avec Intelligence Squared, animés par Sophia Smith Galer

Le mot « immersif » recouvre ici une intention précise : plutôt que d’expliquer la désinformation depuis une position extérieure, Storehouse entend placer le public au milieu d’un environnement narratif. Chaque spectateur est ainsi invité à se demander quels récits il accepte, quels éléments lui paraissent crédibles et sur quoi repose, au fond, sa confiance.

Une création nourrie par l’histoire personnelle de Liana Patarkatsishvili

À l’origine du projet se trouve Liana Patarkatsishvili, fondatrice de Sage & Jester Productions. Son intérêt pour la désinformation est étroitement lié à son vécu en Géorgie. Elle a notamment été marquée par la prise de contrôle de la salle de rédaction indépendante Imedi, intervenue sous le gouvernement de Mikheil Saakashvili.

Cette expérience éclaire l’angle de Storehouse. La création ne traite pas la manipulation de l’information comme une abstraction réservée aux spécialistes des médias ou aux responsables politiques. Elle s’intéresse à ses conséquences concrètes : l’incertitude, la perte de repères et l’impression que toute version des faits peut être contestée ou instrumentalisée.

Le spectacle pose donc une question qui dépasse la seule véracité d’un message : que se passe-t-il lorsque la confiance elle-même devient difficile à accorder ? Dans un espace public saturé de versions concurrentes, le problème n’est pas uniquement de distinguer le vrai du faux. Il est aussi de savoir à quelles personnes, institutions, images ou témoignages l’on décide de se fier.

Pourquoi la désinformation ne se limite pas aux fausses informations

La vision défendue par Liana Patarkatsishvili est plus large que l’idée d’un simple mensonge repérable. La désinformation peut également fonctionner par accumulation de récits incompatibles, par détournement de faits réels, par omissions ou par la mise en concurrence permanente de sources dont le public ne connaît pas les méthodes ni les intérêts.

Cette logique est particulièrement efficace lorsqu’elle provoque une défiance générale. Si tout paraît manipulable, si chaque information est aussitôt accusée d’être fabriquée, le risque est de ne plus croire à rien, y compris aux faits établis. La confusion peut alors devenir un outil de pouvoir à part entière.

Storehouse aborde ainsi une tension centrale de l’écosystème informationnel : l’information est devenue un produit, souvent diffusé très vite, avec des enjeux économiques, politiques ou sociaux. Les plateformes numériques ont rendu la publication accessible au plus grand nombre, ce qui peut enrichir le débat. Elles ont aussi accéléré la circulation de contenus sortis de leur contexte, sensationnalistes ou difficilement vérifiables.

En avril 2025, cette question prend aussi une dimension technologique. Les outils d’intelligence artificielle générative facilitent la production de textes, d’images et de sons convaincants. Ils ne créent pas à eux seuls la désinformation, qui existe depuis longtemps, mais ils peuvent réduire le temps et les compétences nécessaires pour produire certains contenus trompeurs. Dans ce contexte, l’éducation aux médias et l’attention portée aux sources deviennent d’autant plus importantes.

Un récit porté par Toby Jones, Meera Syal, Kathryn Hunter et Billy Howle

Storehouse rassemble plusieurs interprètes britanniques connus. Meera Syal prête notamment sa voix à Dolly K Guha, l’une des fondatrices fictives du mouvement au cœur de l’installation. Elle souligne l’ambition d’une œuvre qui s’attaque à un enjeu aussi déterminant que la désinformation.

Aux côtés de Syal, Toby Jones, Kathryn Hunter et Billy Howle doivent guider les visiteurs à travers les récits de Storehouse. Leur présence donne un visage et une voix aux personnages qui peuplent cet univers, mais la place du spectateur reste essentielle. Le principe n’est pas seulement de suivre une histoire racontée d’un bout à l’autre : il consiste à circuler dans un dispositif où la perception personnelle et les choix du visiteur participent à l’expérience.

Le théâtre possède ici une force particulière. Contrairement à un rapport, à une conférence ou à une campagne d’information classique, il peut faire ressentir un dilemme avant de l’analyser. Il peut montrer comment une histoire séduisante, inquiétante ou émotionnelle agit sur le jugement. L’immersion ne garantit évidemment pas, à elle seule, une meilleure compréhension des mécanismes informationnels. Elle peut en revanche créer les conditions d’une discussion plus personnelle sur ce que l’on croit et pourquoi on le croit.

Des débats publics pour prolonger l’expérience au-delà du spectacle

La production prévoit d’accompagner Storehouse d’une série de conversations publiques sur la désinformation. Ces débats doivent être organisés à Londres avec Intelligence Squared et animés par la journaliste Sophia Smith Galer, au théâtre Pleasance.

Ce prolongement est cohérent avec l’ambition affichée par le projet. Une expérience immersive peut susciter des réactions fortes, mais un échange public permet de remettre les mécanismes observés dans leur contexte : rôle des médias, responsabilité des plateformes, stratégies de manipulation, réflexes de vérification ou encore effets de la polarisation sur les discussions quotidiennes.

L’objectif annoncé est de donner au public des outils intellectuels pour reconnaître et mieux résister aux récits trompeurs. Il ne s’agit pas de promettre une méthode infaillible. La vérification demande du temps, et la fiabilité d’une information dépend souvent de son contexte. Mais quelques réflexes simples peuvent limiter les erreurs de jugement : identifier l’auteur, rechercher l’origine d’une affirmation, distinguer un fait d’un commentaire et se méfier des contenus qui poussent à partager immédiatement.

Ce que le public peut apprendre d’une fiction sur la vérité

Le pari de Storehouse est de ne pas enfermer la désinformation dans une leçon morale. La création veut plutôt faire émerger une responsabilité individuelle, sans faire porter sur chaque personne l’intégralité d’un problème systémique. Les plateformes, les médias, les responsables politiques, les organisations et les créateurs de contenus ont tous une influence sur la circulation des récits. Mais chaque internaute conserve aussi une marge de décision lorsqu’il lit, commente ou partage.

Cette approche est importante car le sentiment d’impuissance nourrit lui aussi la défiance. Face au volume des informations disponibles, beaucoup peuvent croire qu’il est impossible de savoir quoi croire. Or l’esprit critique ne consiste pas à soupçonner indistinctement tout le monde. Il consiste à proportionner sa confiance aux éléments disponibles : une source identifiée, une date, un document original, plusieurs confirmations indépendantes ou, au contraire, l’absence de preuve vérifiable.

Le spectacle met également en lumière un paradoxe : les récits sont indispensables à la vie collective. Ils permettent de transmettre des expériences, de construire une mémoire et de susciter l’empathie. Le problème commence lorsque le récit remplace délibérément l’enquête, le contexte ou la possibilité de contradiction. En choisissant le théâtre, art du récit par excellence, Storehouse se place au cœur de cette tension.

Ce qu’il faut surveiller

À partir du 4 juin 2025, Storehouse permettra d’observer comment une grande production immersive peut aborder un sujet habituellement traité dans les médias, les universités ou les institutions. Son intérêt résidera autant dans sa mise en scène que dans la façon dont les visiteurs recevront cette invitation à questionner leurs propres certitudes.

Les débats associés avec Intelligence Squared constitueront un autre point d’attention. Ils pourraient permettre de passer du constat, la désinformation prospère sur la confusion et la méfiance, à des discussions plus concrètes sur les moyens de préserver un débat public fondé sur des informations vérifiables.

Au-delà de Londres, Storehouse illustre une évolution plus large : les enjeux liés à l’information deviennent aussi des sujets culturels. Le théâtre n’a pas vocation à remplacer le journalisme, l’éducation aux médias ou la recherche. Il peut toutefois offrir un espace singulier pour faire éprouver ce que les chiffres, les avertissements et les définitions disent parfois plus difficilement : la vérité n’est pas seulement une donnée à consulter, c’est une relation de confiance à entretenir collectivement.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Storehouse, le spectacle immersif avec Toby Jones ?

Storehouse est une expérience théâtrale immersive conçue par Sage & Jester Productions. Elle se déroule dans un vaste bâtiment de Deptford, à Londres, et met en scène un univers où l’histoire de l’humanité serait archivée depuis 1983. Le récit questionne la manipulation de la vérité, la confiance et le pouvoir des récits.

Quand et où se déroule Storehouse à Londres ?

Storehouse est annoncé du 4 juin au 20 septembre 2025, dans un bâtiment de Deptford, au sud de Londres. La production doit occuper près de 9 000 mètres carrés. Ce format permet aux visiteurs de circuler dans l’installation, plutôt que d’assister à une représentation depuis une salle de théâtre classique.

Quels acteurs participent à Storehouse ?

La distribution annoncée comprend Toby Jones, Meera Syal, Kathryn Hunter et Billy Howle. Meera Syal prête sa voix au personnage de Dolly K Guha, l’une des fondatrices fictives du mouvement présenté dans l’univers de Storehouse. Les interprètes guident le public à travers cette fiction consacrée aux récits et à la désinformation.

Comment Storehouse traite-t-il la désinformation ?

Le spectacle aborde la désinformation non seulement comme la diffusion de fausses informations, mais aussi comme une mécanique qui alimente la méfiance. Son intrigue montre comment des récits peuvent être façonnés à des fins personnelles. L’expérience invite les spectateurs à interroger leurs critères de confiance et leur rôle lorsqu’ils partagent une information.

Des débats sont-ils prévus autour de Storehouse ?

Oui. Une série de conversations publiques sur la désinformation doit accompagner le spectacle à Londres, au théâtre Pleasance. Ces débats sont organisés avec Intelligence Squared et animés par la journaliste Sophia Smith Galer. Leur objectif est d’aider le public à mieux comprendre les récits médiatiques et à développer son esprit critique.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Sage & Jester Productions, compagnie à l’origine de Storehousesageandjester.com
  2. Intelligence Squared, organisation partenaire des débats publicswww.intelligencesquared.com
  3. Pleasance, théâtre londonien annoncé pour les conversations publiqueswww.pleasance.co.uk
  4. The Guardian, rubrique culturewww.theguardian.com/culture