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Instagram prépare des amis IA personnalisables, entre divertissement et questions sociales

Instagram travaillerait sur une fonction permettant de créer un ami virtuel façonné selon ses préférences, de son apparence à ses centres d’intérêt. Encore non confirmée par Meta, cette piste s’inscrit dans une stratégie plus large d’avatars conversationnels et soulève déjà des questions sur l’attachement aux IA et le bien-être.

Une utilisatrice échange sur son smartphone avec un avatar conversationnel personnalisable.
Illustration : Actu.ai

Une conversation sans risque de jugement, un interlocuteur disponible à toute heure et façonné selon ses goûts : l’idée d’un « ami » créé par intelligence artificielle s’apprête peut-être à faire son entrée sur Instagram. Une fuite diffusée fin octobre 2023 laisse entendre que Meta teste une fonction de création d’amis IA personnalisables dans son application. À cette date, l’entreprise n’a toutefois ni confirmé le produit ni annoncé sa disponibilité.

L’enjeu dépasse le simple gadget. Instagram est déjà un espace de discussion, de mise en scène de soi et de découverte de contenus pour des centaines de millions de personnes. Ajouter un personnage conversationnel, qui peut être configuré pour correspondre aux préférences de son créateur, ouvrirait de nouveaux usages ludiques, mais aussi des interrogations très concrètes sur la solitude, la vie privée et la place des plateformes dans le bien-être de leurs utilisateurs.

Ce que la fuite révèle sur les amis IA d’Instagram

Les informations proviennent d’Alessandro Paluzzi, spécialiste des fonctionnalités en développement qui se présente comme un « leaker ». Dans des publications sur le réseau social X, il a montré qu’Instagram travaillerait sur une option intitulée AI friend, ou ami IA.

Le principe serait de laisser chaque utilisateur définir les principaux traits de son interlocuteur virtuel. Il ne s’agirait donc pas seulement de choisir un avatar prédéfini, mais de composer un personnage dont l’apparence et la façon de converser correspondraient à certaines attentes.

Élément de personnalisation évoquéCe que l’utilisateur pourrait définir
Identité du personnageSon nom, son genre et son âge
ApparenceSon apparence physique et son ethnicité
TempéramentSon type de personnalité
AffinitésSes centres d’intérêt
PrésentationDes réglages supplémentaires concernant son apparence

Cette liste dessine un service plus ambitieux qu’un chatbot générique. Choisir des centres d’intérêt pourrait, par exemple, orienter les sujets de discussion. Définir une personnalité pourrait modifier le ton des réponses, en rendant le personnage plus drôle, plus calme, plus enthousiaste ou plus direct. Ce sont des mécaniques déjà courantes dans les applications de compagnons virtuels, où l’illusion d’une relation repose moins sur une intelligence humaine que sur la continuité du dialogue et la cohérence du personnage.

Mais il importe de distinguer ce qui est observé dans une fuite de ce qui constitue une fonctionnalité finalisée. Des options repérées dans une version de développement peuvent être modifiées, limitées ou abandonnées avant toute sortie publique. Meta n’avait pas répondu aux sollicitations portant sur cette fuite au 5 novembre 2023, et aucun calendrier officiel n’était connu.

En quoi ce projet diffère-t-il d’un chatbot classique ?

Un assistant conversationnel traditionnel est conçu pour répondre à une question, rechercher une information, aider à rédiger un texte ou accomplir une tâche. L’ami IA envisagé pour Instagram aurait une vocation plus relationnelle : il serait pensé comme un personnage avec une identité, des goûts et une manière reconnaissable de s’exprimer.

Ce positionnement est particulièrement adapté à un réseau social visuel. L’avatar pourrait s’intégrer à des conversations privées, réagir à des contenus ou servir de présence fictive dans l’écosystème d’Instagram. L’objectif n’est pas nécessairement de fournir la réponse la plus exacte à une question, mais de rendre l’échange plus fluide, plus personnel et, potentiellement, plus divertissant.

La personnalisation peut aussi renforcer l’attachement. Donner un nom à un personnage, sélectionner ses intérêts ou choisir son apparence crée une impression de contrôle et de proximité. C’est précisément ce qui peut faire l’intérêt du produit pour un utilisateur, tout en exigeant une présentation très claire de ses limites.

Ami IA personnalisable et personnage IA préconfiguré

Ami créé par l’utilisateur

  • Nom, âge, genre et apparence potentiellement configurables.
  • Centres d’intérêt et personnalité choisis par l’utilisateur.
  • Vise une impression de proximité construite sur mesure.
  • Fonction repérée dans une fuite, sans lancement confirmé.

Personnage IA de Meta

  • Identité et univers définis à l’avance par Meta.
  • Peut être associé à un domaine de compétence précis.
  • S’inscrit dans les expériences prévues sur WhatsApp, Instagram et Messenger.
  • Certaines incarnations reposent sur l’image de célébrités.

Une piste pour le bien-être mental, avec des limites essentielles

La fuite interroge naturellement sur un possible usage de soutien émotionnel. Certaines personnes cherchent déjà auprès de chatbots un espace où exprimer leurs préoccupations, organiser leurs pensées ou simplement rompre un sentiment d’isolement. Un personnage disponible en permanence et configuré autour de centres d’intérêt communs pourrait sembler rassurant ou plus facile à solliciter qu’un interlocuteur humain.

Le rapprochement peut être fait avec Koko, une application de santé mentale qui proposait un conseiller virtuel reposant sur l’intelligence artificielle à environ 4 000 clients. Cette comparaison ne permet cependant pas d’affirmer qu’Instagram prépare un outil de santé mentale. Koko se situe dans un cadre consacré au bien-être, alors qu’Instagram est avant tout un réseau social et une plateforme de contenus.

À ce stade, rien ne permet de savoir si le futur ami IA serait conçu pour écouter des difficultés personnelles, proposer des conseils, détecter des situations de détresse ou, plus simplement, converser pour distraire. Ces fonctions ne présentent pas le même niveau de responsabilité. Répondre à une demande de recommandation culturelle n’implique pas les mêmes précautions que répondre à une personne en crise.

Un système conversationnel peut formuler des réponses convaincantes tout en se trompant, mal comprendre une situation ou conforter involontairement une idée préoccupante. Il n’a ni jugement clinique, ni responsabilité humaine, ni compréhension garantie du contexte vécu par son interlocuteur. Dans les situations de souffrance psychologique ou de danger immédiat, le recours à un proche, à un professionnel de santé ou aux services d’urgence reste indispensable.

Le choix de paramètres sensibles, comme l’âge ou l’ethnicité de l’avatar, appelle également à la prudence. Meta devrait expliquer les garde-fous appliqués aux stéréotypes, aux échanges inappropriés et à l’usage éventuel de ces données de personnalisation. Pour un service intégré à une plateforme fréquentée par des adolescents, ces règles ne seraient pas des détails techniques, mais une condition de confiance.

Meta veut peupler ses applications de personnages IA

L’idée d’un ami virtuel sur Instagram ne surgit pas isolément. Meta a déjà présenté une stratégie plus vaste consistant à introduire des assistants et des personnages dotés de personnalités, de domaines de compétence et d’histoires propres dans WhatsApp, Instagram et Messenger.

L’entreprise souhaite ainsi proposer des conversations moins neutres qu’avec un assistant unique. Certains avatars seraient spécialisés dans des thèmes précis, afin de créer des échanges plus incarnés. Cette approche transforme l’IA générative en une galerie de personnages : l’utilisateur ne dialogue plus seulement avec un outil, mais choisit un interlocuteur en fonction de l’ambiance ou du sujet recherché.

Meta a aussi annoncé Meta AI, son assistant conversationnel destiné à concurrencer notamment ChatGPT et Google Bard, ainsi qu’Emu, un modèle capable de générer des images et notamment des autocollants pour Instagram et WhatsApp. Ces produits répondent à des usages différents, mais ils reposent sur une même ambition : faire entrer l’IA dans les interactions ordinaires des applications du groupe.

L’entreprise a par ailleurs associé plusieurs personnalités publiques à ses personnages IA, parmi lesquelles Charli D’Amelio, Kendall Jenner, MrBeast, Paris Hilton, Tom Brady et Snoop Dogg. Dans le cas de Snoop Dogg, son visage apparaît notamment dans une vignette et réagit par quelques expressions aux interactions. Utiliser des figures connues permet de rendre ces avatars immédiatement identifiables, mais pose aussi la question de la frontière entre une célébrité réelle et le personnage logiciel qui reprend son image.

Une expérience vocale pourrait, à terme, rendre ces personnages encore plus convaincants. Rien n’indique toutefois, au 5 novembre 2023, que la fonction d’ami IA repérée sur Instagram intégrerait elle-même cette possibilité.

Une bêta américaine évoquée, mais aucune annonce officielle

Les éléments disponibles suggèrent qu’une version bêta aux États-Unis pourrait être envisagée prochainement. Une phase de test est habituelle pour ce type de produit : elle permet à une plateforme d’observer les usages, de corriger des défauts et de limiter le déploiement d’une fonction encore incertaine.

Il faut néanmoins employer le conditionnel. La fuite ne précise ni la sélection des testeurs, ni les critères d’âge, ni les modalités de modération, ni la date d’un éventuel lancement international. Elle ne permet pas non plus de savoir si l’outil serait gratuit, réservé à certains comptes ou intégré à une formule payante.

Pour les utilisateurs français, aucune disponibilité n’était annoncée à cette date. Une sortie aux États-Unis ne signifierait pas automatiquement une arrivée immédiate en Europe, où les règles de protection des données, les obligations de transparence et les attentes en matière de sécurité des mineurs pèsent fortement sur le lancement de nouveaux services numériques.

Les questions concrètes auxquelles Meta devra répondre

Avant qu’un ami IA puisse devenir une fonction installée d’Instagram, plusieurs points détermineront son utilité réelle. Le premier concerne la confidentialité. Les conversations avec un compagnon virtuel peuvent contenir des informations très personnelles : état d’esprit, relations, préoccupations, habitudes ou préférences. Les utilisateurs devront pouvoir comprendre clairement comment ces échanges sont stockés, utilisés et, le cas échéant, exploités pour améliorer les systèmes de Meta.

Le deuxième point est celui de la modération. Un personnage capable de discuter librement doit savoir refuser les demandes dangereuses, répondre de manière adaptée aux contenus sensibles et ne pas encourager des comportements préjudiciables. Cela vaut particulièrement lorsque le produit est accessible à des mineurs ou lorsqu’il simule une proximité affective.

Enfin, la valeur d’usage devra être démontrée. La personnalisation ne suffit pas à créer une expérience intéressante sur la durée. Si les échanges deviennent répétitifs, imprécis ou trop promotionnels, l’ami IA risque de rester une curiosité. À l’inverse, un personnage réellement utile pour découvrir des contenus, imaginer des créations ou mener une conversation légère pourrait trouver sa place parmi les outils sociaux d’Instagram.

Ce qu’il faut surveiller avant un éventuel lancement

La possible arrivée d’amis IA personnalisables illustre une évolution importante des réseaux sociaux : les plateformes ne se contentent plus de relier des personnes et de recommander des contenus, elles cherchent aussi à devenir des interlocuteurs. Cette promesse peut enrichir l’expérience, à condition que le caractère artificiel du personnage reste explicite et que ses limites soient assumées.

Les prochaines annonces de Meta devront clarifier la disponibilité réelle de la bêta américaine, les options de personnalisation finalement retenues et les protections prévues pour les conversations sensibles. Il faudra aussi observer si l’entreprise présente ces avatars comme de simples compagnons de divertissement ou comme des outils ayant une ambition de soutien plus large.

Pour l’instant, le projet aperçu reste une fonction en développement. Son intérêt ne se mesurera pas seulement à la qualité de ses réponses ou au réalisme de son avatar, mais à la manière dont Instagram préservera l’autonomie, la sécurité et la confiance de ses utilisateurs.

Questions fréquentes

Instagram a-t-il lancé les amis IA personnalisables ?

Non, au 5 novembre 2023, Meta n’a pas officialisé cette fonction. Elle a été repérée dans une fuite attribuée à Alessandro Paluzzi, qui évoque un ami IA configurable dans Instagram. Une bêta aux États-Unis est envisagée par les informations disponibles, mais aucune date, aucun périmètre précis et aucune arrivée en France n’ont été confirmés.

Comment pourrait-on personnaliser un ami IA sur Instagram ?

Les éléments divulgués évoquent le choix du genre, de l’âge, de l’apparence physique, de l’ethnicité, du nom, de la personnalité et des centres d’intérêt. Ces réglages pourraient influencer l’identité et le ton de l’avatar. Ils restent toutefois susceptibles d’évoluer, car il s’agit d’une fonction en développement et non d’un produit annoncé officiellement.

Un ami IA Instagram peut-il aider en cas de mal-être ?

Un avatar conversationnel peut offrir un espace de discussion ou de distraction, mais rien ne prouve que la fonction envisagée par Instagram serait un outil de santé mentale. Une IA peut répondre de façon empathique sans comprendre correctement une situation. En cas de souffrance psychologique ou de danger, elle ne remplace ni un proche, ni un professionnel, ni les services d’urgence.

Pourquoi Meta utilise-t-il des célébrités pour ses personnages IA ?

Meta cherche à rendre ses personnages conversationnels plus reconnaissables et plus attrayants. L’entreprise a associé des avatars IA à des personnalités comme Charli D’Amelio, Kendall Jenner, MrBeast, Paris Hilton, Tom Brady et Snoop Dogg. Cette stratégie peut créer une familiarité immédiate, tout en obligeant à distinguer clairement la personne réelle du personnage piloté par intelligence artificielle.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Publications d’Alessandro Paluzzi sur les fonctionnalités Instagram en développementx.com/alex193a
  2. Gizmodo, couverture des produits technologiques et de la fuite Instagramgizmodo.com
  3. Meta, présentation de Meta AI et des personnages IAabout.fb.com
  4. Koko, application de soutien en santé mentalewww.kokocares.org