Robotique et matériel

IBM Power11 veut intégrer l’IA aux systèmes critiques sans interruption

IBM lance Power11, une nouvelle génération de serveurs conçue pour faire cohabiter intelligence artificielle et applications critiques. L’entreprise met en avant une disponibilité annoncée de 99,9999 %, des opérations de maintenance sans interruption et des fonctions de protection contre les ransomwares.

Serveurs d’entreprise exécutant des charges d’IA et protégeant des données critiques sans interruption
Illustration : Actu.ai

Les entreprises ne déploient pas l’intelligence artificielle dans un environnement vierge. Elles doivent la raccorder à des systèmes qui traitent des paiements, organisent des stocks, conservent des dossiers médicaux ou font fonctionner des services publics. Dans ces environnements, une expérimentation d’IA ne vaut pas grand-chose si elle impose d’affaiblir la disponibilité, la sécurité ou la continuité des applications existantes. C’est ce terrain, celui de l’informatique critique, qu’IBM cible avec sa nouvelle génération de serveurs Power11, présentée le 8 juillet 2025.

L’ambition affichée est de réunir sur une même plateforme des charges de travail historiques et de nouvelles fonctions d’IA. IBM ne présente donc pas Power11 comme un ordinateur dédié uniquement aux grands modèles génératifs, mais comme une infrastructure destinée aux organisations qui veulent introduire des capacités d’IA sans multiplier les silos matériels. La promesse centrale est particulièrement forte : un fonctionnement sans temps d’arrêt planifié pour certaines opérations, assorti d’une disponibilité annoncée de 99,9999 %.

Power11, une réponse aux contraintes de l’IA en entreprise

Dans une entreprise, l’IA ne se résume pas à une interface conversationnelle. Elle peut servir à prévoir une demande, repérer une anomalie dans une transaction, aider à décider de l’affectation de ressources ou automatiser une étape de traitement. Pour être utile, elle doit souvent travailler au plus près des données et des applications opérationnelles.

C’est là que la question de l’infrastructure devient déterminante. De nombreuses organisations ont accumulé, au fil des années, des serveurs, logiciels et outils spécialisés. Ajouter de l’IA peut alors conduire à superposer une nouvelle couche technique : des accélérateurs dédiés, des environnements de développement séparés, des transferts de données supplémentaires et des procédures de sécurité distinctes. Ce patchwork peut répondre à un besoin ponctuel, mais il rend aussi l’exploitation plus complexe.

Avec Power11, IBM défend une logique d’intégration. La plateforme est conçue pour faire fonctionner des applications traditionnelles tout en prenant en charge des usages d’IA. Elle sera proposée en versions haut de gamme, milieu de gamme et entrée de gamme, afin de viser différents profils d’organisation et de déploiement.

Cette position explique le choix d’IBM de mettre autant en avant la fiabilité que la puissance de calcul. L’IA en entreprise ne consiste pas seulement à obtenir le meilleur résultat sur un benchmark. Elle suppose aussi de pouvoir exécuter durablement des processus, de protéger les données qui les alimentent et de reprendre rapidement l’activité en cas d’incident.

Que signifie une disponibilité annoncée de 99,9999 % ?

IBM annonce pour Power11 une disponibilité de 99,9999 %, soit « six neuf ». Sur une année complète, ce niveau correspond à moins de 32 secondes d’interruption non planifiée. L’entreprise présente ainsi Power11 comme le serveur le plus résilient de l’histoire de la plateforme IBM Power.

Cette valeur ne signifie pas qu’aucun incident ne peut jamais survenir. Elle exprime un objectif de disponibilité très élevé, particulièrement recherché pour les applications dites critiques. Les transactions bancaires, la consultation d’un dossier médical ou le traitement d’une commande ne peuvent pas toujours attendre la prochaine fenêtre de maintenance.

L’un des apports mis en avant par IBM est la possibilité d’effectuer de la maintenance, des mises à jour et des correctifs tout en gardant les applications en fonctionnement. Les fenêtres de maintenance, traditionnellement programmées la nuit ou le week-end pour limiter les perturbations, représentent une contrainte lourde pour les équipes informatiques comme pour les métiers. Une architecture qui réduit ou élimine ces interruptions planifiées peut donc avoir un effet direct sur l’organisation des services.

Indicateur ou fonctionCe qu’annonce IBM pour Power11Enjeu pour l’entreprise
Disponibilité99,9999 %Limiter les interruptions des applications critiques
Interruption non planifiée annuelleMoins de 32 secondesMaintenir l’accès aux services opérationnels
Maintenance et correctifsRéalisables sans arrêter les applicationsRéduire la dépendance aux fenêtres de maintenance
Protection contre les ransomwaresInstantanés immuables capturés, stockés et testésPréserver une capacité de restauration des données

La disponibilité réelle dépendra naturellement des conditions de déploiement, de la configuration retenue et des procédures d’exploitation de chaque client. Mais le message commercial est clair : IBM veut faire de la continuité de service un argument aussi important que les gains de performance ou les capacités d’IA.

L’IA embarquée : l’inférence plutôt que le seul entraînement

Power11 intègre une accélération sur puce pour l’inférence IA. Cette précision est importante. L’entraînement consiste à ajuster les paramètres d’un modèle à partir de grandes quantités de données. L’inférence intervient ensuite, lorsqu’un modèle déjà entraîné est utilisé pour produire une prédiction, une recommandation ou une décision.

Dans le quotidien des entreprises, l’inférence est souvent l’étape la plus proche des opérations. Un modèle peut par exemple analyser une situation et fournir une réponse au moment où un client effectue une demande, où une transaction est examinée ou lorsqu’un système doit anticiper un besoin. L’objectif est donc de prendre des décisions en temps réel à partir de modèles pré-entraînés.

IBM prévoit aussi l’arrivée du Spyre Accelerator au quatrième trimestre 2025. Cette puce est destinée aux charges de travail d’IA exigeantes. Son ajout doit étendre les possibilités de Power11 pour les organisations qui veulent aller plus loin que l’inférence intégrée à la plateforme.

La stratégie ne consiste pas à dire que tous les besoins d’IA pourront être traités de la même manière. Les charges de travail très intensives peuvent demander des accélérateurs spécifiques. En revanche, IBM propose de conserver les applications classiques et les nouveaux usages d’IA dans un environnement cohérent, plutôt que de rendre systématique l’ajout d’une infrastructure entièrement séparée.

Deux approches pour introduire l’IA dans l’informatique d’entreprise

Infrastructure fragmentée

  • Ajout d’équipements spécialisés à des systèmes existants
  • Multiplication possible des environnements à administrer
  • Transferts de données entre plateformes distinctes
  • Maintenance et sécurité à coordonner sur plusieurs couches

Approche Power11 d’IBM

  • Applications classiques et usages d’IA réunis sur une même plateforme
  • Accélération sur puce dédiée à l’inférence IA
  • Maintenance et correctifs annoncés sans interruption des applications
  • Protection intégrée avec IBM Power Cyber Vault

Des gains de performances revendiqués face à Power9 et Power10

IBM avance plusieurs chiffres pour situer Power11 dans l’évolution de sa gamme. Selon ses propres mesures, les performances de cœur progressent jusqu’à 55 % par rapport aux systèmes Power9. La capacité est également annoncée comme 45 % supérieure à celle des systèmes Power10.

Ces comparaisons ne décrivent pas à elles seules le comportement d’une application donnée. Dans les infrastructures professionnelles, la performance dépend aussi du logiciel utilisé, des données, de la mémoire, du stockage, du réseau et de la manière dont la charge de travail est répartie. Elles permettent néanmoins de mesurer l’ambition de cette génération : supporter simultanément des applications exigeantes et des usages émergents liés à l’IA.

IBM met également l’accent sur l’énergie, un sujet devenu central dans les centres de données. L’entreprise revendique deux fois la performance par watt par rapport à des serveurs x86 similaires. Elle précise qu’en privilégiant le mode d’énergie efficace, le rendement du serveur peut être jusqu’à 28 % supérieur à celui obtenu en mode de performance maximale.

La distinction mérite d’être comprise. Un mode de performance maximale vise prioritairement la vitesse de traitement. Un mode d’énergie efficace cherche plutôt un compromis entre puissance et consommation. Pour une organisation, ce choix peut influer à la fois sur les coûts d’exploitation, la capacité de refroidissement nécessaire et l’empreinte énergétique de l’infrastructure.

Cybersécurité : restaurer les données après une attaque

L’arrivée de nouvelles capacités d’IA ne réduit pas les risques informatiques traditionnels. Au contraire, plus les systèmes sont interconnectés et plus les données sont précieuses, plus la résilience face aux cyberattaques devient un critère de choix. IBM intègre à Power11 sa solution IBM Power Cyber Vault, orientée notamment vers la réponse aux ransomwares.

Le mécanisme annoncé doit, en moins d’une minute après la détection d’une attaque par ransomware, capturer, stocker et tester des instantanés immuables de données selon un calendrier défini par l’utilisateur. Un instantané immuable est une copie qui ne peut pas être modifiée ou effacée de façon ordinaire pendant la période de protection définie. L’idée est d’éviter qu’un pirate ayant chiffré ou corrompu les données de production puisse aussi altérer les copies nécessaires à la restauration.

Ce type de dispositif ne remplace pas les autres précautions de cybersécurité. Il n’empêche pas, à lui seul, l’intrusion initiale. Son rôle est de préserver une base de reprise lorsque la protection préventive n’a pas suffi. Dans un contexte d’attaque par rançongiciel, la capacité à identifier une copie saine et à redémarrer les services est souvent décisive.

Power11 comprend aussi une cryptographie dite quantique sécurisée, annoncée comme conforme aux normes établies par le NIST, l’institut américain de normalisation. IBM entend ainsi répondre aux risques de type « récolte maintenant, déchiffre plus tard » : un adversaire peut conserver aujourd’hui des données chiffrées dans l’espoir de disposer, à l’avenir, d’une puissance de calcul capable de casser les mécanismes cryptographiques actuels.

Cloud, open source et outils de déploiement

Le matériel ne suffit pas à accélérer l’adoption de l’IA. Les entreprises ont besoin de déployer, d’administrer et de faire évoluer leurs applications dans des environnements hybrides, mêlant parfois leurs propres centres de données et des services cloud. IBM prévoit ainsi de proposer IBM Power Virtual Server dans son cloud, afin d’offrir une option de déploiement supplémentaire.

La plateforme doit également s’intégrer à Red Hat OpenShift AI et à l’écosystème open source. Red Hat OpenShift AI est conçu pour aider les organisations à développer, déployer et gérer des charges de travail d’IA dans un environnement basé sur des conteneurs. Pour les équipes techniques, cette compatibilité est un élément concret : une architecture de serveur n’a d’intérêt que si elle s’insère dans les outils déjà utilisés pour construire et exploiter les applications.

IBM prévoit enfin d’apporter watsonx.data, sa solution de lac de données hybride, sur Power11 d’ici la fin de 2025. Cette annonce souligne un point essentiel : les projets d’IA dépendent étroitement de l’accès aux données. Réunir les calculs et la gestion des données dans une stratégie hybride peut aider à limiter les déplacements inutiles d’informations entre systèmes, tout en laissant aux organisations une marge de contrôle sur leurs données sensibles.

Disponibilité, prix et points à vérifier avant l’adoption

IBM indique que Power11 sera disponible de manière générale à partir du 25 juillet 2025. Le Spyre Accelerator doit suivre au quatrième trimestre, puis watsonx.data est attendu d’ici la fin de l’année. Ce calendrier dessine un lancement progressif : la plateforme arrive d’abord, avec des capacités supplémentaires annoncées au fil de 2025.

Au moment de la présentation, IBM n’a pas communiqué les détails de prix ni le coût total de possession. Or, ce point comptera dans les arbitrages. Le coût d’un serveur ne se limite pas à son acquisition : il faut tenir compte de l’énergie, du refroidissement, des licences, des outils d’administration, de l’exploitation, de la migration éventuelle des applications et des besoins de formation.

Les entreprises devront également examiner la nature précise de leurs usages d’IA. Une organisation qui cherche surtout à exécuter des modèles pré-entraînés près de ses applications critiques n’a pas les mêmes besoins qu’un acteur qui entraîne continuellement de très grands modèles. La promesse de Power11 est avant tout celle d’une convergence entre l’IA opérationnelle et les systèmes existants à forte exigence de disponibilité.

Ce qu’il faut surveiller

Power11 arrive sur un marché où les entreprises cherchent à éviter un choix binaire entre conserver leurs infrastructures traditionnelles et basculer vers des plateformes entièrement nouvelles pour l’IA. IBM mise sur une voie intermédiaire : moderniser des systèmes critiques sans rompre avec les exigences de continuité qui ont justifié leur adoption.

Les prochains mois permettront d’évaluer trois éléments. D’abord, l’adoption concrète de l’accélération d’inférence par les clients et l’apport du Spyre Accelerator pour les charges d’IA plus lourdes. Ensuite, les conditions économiques réelles de la plateforme, une fois les prix et les configurations disponibles. Enfin, la capacité des fonctions de disponibilité, de cyber-résilience et d’intégration avec OpenShift AI à répondre aux contraintes quotidiennes des équipes informatiques.

Pour les secteurs qui ne peuvent pas facilement s’offrir une interruption de service, l’enjeu ne sera pas seulement d’ajouter de l’IA. Il sera de l’ajouter sans fragiliser ce qui fonctionne déjà. C’est précisément sur cette promesse qu’IBM entend faire la différence avec Power11.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’IBM Power11 ?

IBM Power11 est une génération de serveurs d’entreprise présentée le 8 juillet 2025. Elle est conçue pour exécuter à la fois des applications critiques traditionnelles et des charges de travail d’intelligence artificielle. IBM met en avant la disponibilité, l’efficacité énergétique, l’accélération de l’inférence IA et des fonctions de cyber-résilience.

Quand les serveurs IBM Power11 seront-ils disponibles ?

IBM prévoit une disponibilité générale des serveurs Power11 à partir du 25 juillet 2025. L’IBM Spyre Accelerator, une puce destinée aux charges de travail d’IA exigeantes, est attendu au quatrième trimestre 2025. La solution de lac de données hybride watsonx.data doit arriver sur Power11 d’ici la fin de 2025.

Que veut dire 99,9999 % de disponibilité pour IBM Power11 ?

Une disponibilité de 99,9999 %, également appelée six neuf, correspond à moins de 32 secondes d’interruption non planifiée sur une année. IBM annonce ce niveau pour Power11. Cette promesse vise les services critiques, pour lesquels une panne peut bloquer des transactions, des dossiers médicaux ou des processus administratifs.

IBM Power11 peut-il faire fonctionner des applications d’IA ?

Oui. Power11 intègre une accélération sur puce pour l’inférence IA, c’est-à-dire l’utilisation de modèles déjà entraînés pour produire des prévisions ou des décisions en temps réel. IBM prévoit aussi l’ajout du Spyre Accelerator au quatrième trimestre 2025 pour répondre à des besoins d’IA plus intensifs.

Comment IBM Power11 protège-t-il contre les ransomwares ?

Power11 intègre IBM Power Cyber Vault. Selon IBM, moins d’une minute après la détection d’un ransomware, cette solution peut capturer, stocker et tester des instantanés immuables selon un calendrier choisi par l’utilisateur. Ces copies protégées visent à préserver une possibilité de restauration après un chiffrement ou une corruption malveillante des données.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. IBM Newsroom, annonces et actualités officielles du groupenewsroom.ibm.com
  2. IBM Power, présentation de la plateforme de serveurswww.ibm.com/power
  3. NIST, normes de cryptographie post-quantiquewww.nist.gov/news-events/news/2024/08/nist-releases-first-3-finalized-post-quantum-encryption-standards