Google attaque en justice des faux Bard accusés de diffuser des logiciels malveillants
Google a engagé une procédure contre trois personnes non identifiées, accusées d’avoir usurpé les marques Google AI et Bard. Leur faux outil promettait notamment une version à télécharger de Bard, alors que le service officiel est accessible librement sans installation. L’affaire illustre l’essor des arnaques qui exploitent l’engouement pour l’IA générative.

L’intelligence artificielle générative suscite un intérêt massif, mais cette popularité offre aussi une occasion aux fraudeurs. Le 14 novembre 2023, Google annonce avoir engagé une action en justice contre trois personnes non identifiées, accusées d’avoir fait passer un logiciel malveillant pour une version téléchargeable de Google Bard, son outil d’IA générative.
Selon l’entreprise de Mountain View, les auteurs présumés ont employé les marques Google AI et Bard afin de donner une apparence légitime à leur offre. Leur promesse était particulièrement trompeuse : mettre à disposition « la dernière version » de Bard. Or, Google rappelle un point simple mais essentiel pour les internautes : Bard est accessible librement en ligne et ne nécessite pas de téléchargement.
L’affaire ne porte donc pas seulement sur l’imitation d’un nom connu. Elle concerne une mécanique classique de cybercriminalité, adaptée à la vague actuelle autour de l’IA : se servir de l’intérêt pour une technologie populaire afin d’amener une victime à installer un programme dangereux sur son ordinateur.
Ce que Google reproche aux auteurs présumés
Dans sa plainte, Google vise trois individus dont l’identité n’est pas connue. L’entreprise estime qu’ils se sont présentés, à tort, comme étant liés à Google ou autorisés à distribuer son outil. Ils auraient utilisé ses signes distinctifs, notamment les noms Google AI et Bard, pour attirer des internautes vers un faux logiciel.
Le mode opératoire décrit repose sur une confusion volontaire. Une personne qui cherche à essayer un assistant d’IA ou à obtenir une supposée mise à jour peut croire qu’un bouton de téléchargement correspond à un service officiel. Dans ce cas, le téléchargement ne donne pas accès à Bard : il installe, selon Google, un logiciel malveillant.
Le terme recouvre différentes familles de programmes nuisibles. Certains peuvent perturber le fonctionnement d’un appareil, d’autres chercher à récupérer des données ou ouvrir un accès non autorisé. Google ne détaille pas, dans les éléments rendus publics ici, le comportement précis du programme diffusé par les auteurs présumés. Mais l’alerte vaut précisément parce qu’une installation présentée comme anodine peut exposer l’utilisateur à des conséquences difficiles à identifier immédiatement.
| Élément | Service Bard officiel selon Google | Faux logiciel dénoncé par Google |
|---|---|---|
| Accès | Libre accès en ligne | Présenté comme un programme à télécharger |
| Installation | Aucune installation nécessaire | Téléchargement proposé aux internautes |
| Lien avec Google | Outil de Google | Aucune affiliation avec Google selon la plainte |
| Marque utilisée | Google AI et Bard | Marques employées pour créer une apparence de légitimité |
| Risque évoqué | Aucun logiciel à installer | Diffusion alléguée de logiciels malveillants |
Pourquoi un faux Bard peut-il tromper les internautes ?
L’arnaque s’appuie sur une attente devenue courante dans le monde du logiciel : pour utiliser un outil, il faudrait télécharger une application ou un fichier. Cette logique est plausible pour de nombreux programmes, notamment sur ordinateur ou sur téléphone. Elle ne s’appliquait pourtant pas à Bard au moment de la plainte : l’outil était conçu pour être utilisé en ligne.
Les fraudeurs profitent également de la vitesse à laquelle les nouveautés liées à l’IA circulent. Les annonces de modèles génératifs, d’assistants conversationnels ou de fonctions de création d’images peuvent donner le sentiment qu’une nouvelle version arrive chaque semaine. Une formulation telle que « dernière version » exploite cette incertitude : elle suggère qu’un internaute risque de manquer une nouveauté s’il ne télécharge pas immédiatement le fichier proposé.
Cette tactique n’est pas propre à l’IA. Les cybercriminels ont régulièrement usurpé l’identité de services de messagerie, de banques, d’éditeurs de logiciels ou d’administrations. Ce qui change avec l’IA générative, c’est la forte curiosité qu’elle suscite, y compris chez des personnes qui découvrent ces outils et ne savent pas encore comment ils sont distribués ou utilisés.
Bard officiel et faux téléchargement : les différences à connaître
Le service officiel
- Bard est un outil d’IA générative proposé par Google.
- Il est accessible librement en ligne.
- Aucun logiciel ne doit être téléchargé pour l’utiliser.
- Google présente l’outil comme une aide à la recherche et à l’accomplissement de tâches.
L’imitation dénoncée
- Elle promettait une prétendue dernière version de Bard à télécharger.
- Google affirme que ses auteurs n’étaient pas affiliés à l’entreprise.
- Les marques Google AI et Bard auraient été utilisées pour tromper les internautes.
- Le téléchargement aurait installé un logiciel malveillant.
Environ 300 avis de retrait avant le recours judiciaire
Google indique avoir tenté de faire retirer les contenus litigieux avant de saisir la justice. Depuis avril 2023, l’entreprise affirme avoir envoyé environ 300 avis de retrait au groupe qu’elle tient pour responsable du faux Bard. Ces demandes seraient restées sans réponse.
| Période | Action rapportée par Google | Objectif |
|---|---|---|
| Depuis avril 2023 | Environ 300 avis de retrait adressés au groupe présumé responsable | Faire disparaître les contenus utilisant abusivement les marques de Google |
| Novembre 2023 | Dépôt d’une plainte contre trois personnes non identifiées | Mettre fin à l’opération alléguée et disposer d’un mécanisme juridique dissuasif |
Le choix d’une procédure judiciaire répond à deux enjeux. Le premier est immédiat : empêcher que le nom de Bard serve à attirer de nouvelles victimes. Le second est plus large : faire reconnaître que l’usage non autorisé de marques connues dans le cadre d’une opération malveillante peut être combattu devant les tribunaux.
L’action engagée ne vaut pas condamnation. Les personnes visées sont présumées innocentes et les accusations devront être examinées dans le cadre de la procédure. Google soutient néanmoins que les éléments réunis justifient une intervention judiciaire, notamment après l’absence de réponse aux nombreuses demandes de retrait.
Les marques sont devenues un levier de sécurité
Lorsqu’une entreprise défend une marque commerciale, l’enjeu n’est pas uniquement publicitaire. Dans le cas d’un outil numérique, une usurpation peut détourner la confiance que le public accorde à un nom pour lui faire accomplir une action risquée : communiquer ses identifiants, payer un service fictif ou, comme l’allègue Google ici, télécharger un logiciel malveillant.
Les marques jouent ainsi un rôle de repère. Elles permettent aux utilisateurs d’identifier l’origine d’un produit et, en principe, de savoir à qui s’adresser en cas de problème. Lorsque des fraudeurs les copient, ils brouillent ce repère. Une plainte peut alors chercher à faire cesser l’utilisation contestée des noms, des logos ou d’autres éléments qui créent la confusion.
Pour Google, la protection de Bard est également liée à la manière dont l’entreprise présente son projet d’IA générative. Le groupe explique vouloir simplifier la recherche, aider à comprendre plus rapidement certains sujets, faire émerger de nouvelles perspectives et faciliter l’accomplissement de tâches. Une fausse version infectée peut abîmer la confiance envers ce type de service, y compris chez des personnes qui n’ont jamais utilisé l’outil officiel.
Comment reconnaître une fausse application d’IA ?
Aucun réflexe ne protège à lui seul contre toutes les fraudes. En revanche, quelques vérifications simples réduisent nettement le risque de se laisser convaincre par une fausse application ou une prétendue mise à jour.
D’abord, il faut se demander si le téléchargement demandé est cohérent avec le service recherché. Dans le cas précis de Bard, Google est explicite : aucun téléchargement n’est nécessaire. Une proposition de fichier à installer au nom de l’outil constitue donc un signal d’alerte majeur.
Ensuite, il est prudent de vérifier l’origine de la page avant de cliquer. Une recherche menée depuis le site officiel de l’éditeur, plutôt qu’à partir d’une publicité, d’un message reçu ou d’un lien partagé sur un réseau social, limite les risques de tomber sur une copie. Il faut aussi se méfier des formulations qui cherchent à créer l’urgence : accès exclusif, version secrète, offre limitée ou mise à jour indispensable.
Voici les principaux réflexes à adopter :
- privilégier les canaux officiels de l’entreprise qui édite le service ;
- ne pas installer un fichier simplement parce qu’il porte le nom d’un outil connu ;
- contrôler l’adresse du site, plutôt que de se fier seulement au titre de la page ;
- interrompre l’opération si un service en ligne réclame soudain un programme à télécharger sans explication claire ;
- signaler les contenus suspects à la plateforme concernée ou à l’entreprise dont la marque semble usurpée.
La vigilance doit aussi s’appliquer aux extensions de navigateur et aux applications mobiles. Un produit présenté comme un complément à un assistant d’IA peut être utile, mais il n’est pas automatiquement édité ou validé par l’entreprise qui fournit l’assistant. Avant toute installation, il est préférable d’identifier clairement le développeur et de comprendre les autorisations demandées.
L’IA générative, nouvelle vitrine pour des arnaques anciennes
L’affaire Bard s’inscrit dans une évolution plus vaste du numérique. À mesure que les produits technologiques intègrent des fonctions d’IA, le sigle devient un argument commercial puissant. Il peut désigner des outils réels, mais aussi servir d’étiquette vague ou trompeuse pour susciter des téléchargements et capter l’attention.
La demande est alimentée par la multiplication des usages annoncés : assistants de rédaction, recherche d’informations, génération de contenus ou outils de retouche. Pour les internautes, la difficulté est de distinguer l’innovation véritable de l’offre opportuniste. Les escrocs n’ont pas besoin de reproduire fidèlement une technologie complexe : il leur suffit parfois d’imiter son nom et de promettre un accès simple.
Cette situation place les entreprises face à une responsabilité de réaction rapide. Elles doivent surveiller les détournements de leurs produits, demander le retrait des contenus litigieux et, lorsque cela ne suffit pas, recourir à des voies juridiques. Mais la réponse ne peut pas reposer uniquement sur elles. Les plateformes qui hébergent ou diffusent des contenus, les éditeurs de navigateurs et les utilisateurs ont tous un rôle dans la réduction de la circulation des liens malveillants.
Ce qu’il faut surveiller
La plainte de Google montre que les arnaques liées à l’IA ne se limitent pas à de fausses promesses de performances. Elles peuvent prendre la forme beaucoup plus concrète d’un fichier présenté comme une application officielle. La règle la plus utile reste donc de vérifier le chemin d’accès à un outil avant de chercher à l’installer.
Dans ce dossier, l’information déterminante est claire : au 14 novembre 2023, Google Bard s’utilise sans téléchargement. Tout site qui prétend fournir une version téléchargeable de ce service doit être considéré avec une grande prudence. La procédure engagée par Google pourrait aussi servir de test pour la manière dont les grandes entreprises entendent défendre leurs marques face aux détournements reposant sur l’engouement pour l’IA générative.
Pour les utilisateurs, l’enjeu dépasse Bard. À chaque nouvelle technologie populaire, il faut s’attendre à voir apparaître des copies, de fausses mises à jour et des services non affiliés. Prendre quelques secondes pour vérifier la source d’un logiciel reste l’un des gestes de sécurité les plus efficaces.
Questions fréquentes
Faut-il télécharger Google Bard pour l’utiliser ?
Non. Au moment de la plainte annoncée le 14 novembre 2023, Google indique que Bard est accessible librement en ligne et qu’il ne nécessite aucun téléchargement. Une page qui propose un fichier, une application ou une prétendue mise à jour de Bard à installer doit donc être abordée avec une grande prudence.
Pourquoi Google poursuit-il des personnes pour un faux Bard ?
Google accuse trois personnes non identifiées d’avoir utilisé les marques Google AI et Bard sans autorisation afin de promouvoir un faux logiciel. Selon l’entreprise, ce programme permettait de diffuser des logiciels malveillants. La procédure vise à faire cesser cette utilisation alléguée des marques et à dissuader des opérations comparables.
Comment reconnaître un faux outil d’intelligence artificielle ?
Il faut vérifier le site depuis lequel le service est proposé, identifier clairement son développeur et se méfier des promesses de version exclusive ou de mise à jour urgente. Un téléchargement incohérent avec le fonctionnement habituel du produit est aussi un signal d’alerte. Dans le cas de Bard, Google précise qu’aucune installation n’est requise.
Que risque-t-on en téléchargeant un faux logiciel d’IA ?
Un faux logiciel peut contenir un programme malveillant. Selon sa nature, celui-ci peut notamment perturber un appareil, compromettre des données ou ouvrir un accès non autorisé. Google ne détaille pas le comportement exact du logiciel visé dans cette affaire, mais recommande implicitement de ne passer que par les canaux officiels.
Les faux outils d’IA sont-ils réservés à Google Bard ?
Non. L’affaire concerne Bard, mais elle illustre une méthode plus générale : exploiter la popularité d’une technologie ou d’une marque pour rendre une offre frauduleuse crédible. Les internautes doivent appliquer les mêmes réflexes de vérification aux assistants conversationnels, aux applications de création d’images et aux extensions de navigateur présentées comme liées à l’IA.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Google Blog, action en justice contre des acteurs malveillants ciblant l’IAblog.google/technology/safety-security



