Entreprises et marchés

IA et or : pourquoi l’euphorie technologique côtoie la recherche de sécurité

L’essor de l’intelligence artificielle propulse les valeurs technologiques, mais ravive les craintes d’une valorisation excessive. Au même moment, l’or retrouve son rôle de valeur refuge. Cette coexistence éclaire les hésitations d’investisseurs partagés entre promesse de croissance et besoin de protection.

Analyste observant des marchés technologiques en hausse et des lingots d’or dans un espace sécurisé.
Illustration : Actu.ai

Les marchés financiers semblent raconter deux histoires à la fois. D’un côté, l’intelligence artificielle nourrit une formidable anticipation de croissance pour les entreprises technologiques. De l’autre, la hausse de l’intérêt pour l’or rappelle que les investisseurs cherchent aussi à se protéger contre les retournements possibles. Cette juxtaposition n’est pas une contradiction absolue : elle traduit plutôt l’incertitude qui accompagne une transformation technologique rapide.

Au 19 octobre 2025, la question n’est donc pas simplement de savoir si l’IA va changer l’économie. Elle est de comprendre comment les marchés valorisent aujourd’hui cette perspective, avec quels risques et selon quels scénarios. La progression des grands groupes technologiques peut-elle être justifiée par leurs bénéfices futurs ? Ou bien les attentes sont-elles devenues si élevées que la moindre déception pourrait entraîner une correction ?

L’IA est devenue un facteur central des marchés

L’intelligence artificielle n’est plus seulement un sujet de laboratoires, de logiciels ou de puces électroniques. Elle est devenue une variable financière majeure. Les investisseurs évaluent désormais les entreprises à l’aune de leur capacité supposée à concevoir des modèles, fournir l’infrastructure informatique nécessaire ou transformer ces outils en revenus.

Cette logique concerne des activités très diverses : fabricants de composants, opérateurs de centres de données, fournisseurs de services de cloud, éditeurs de logiciels et grandes plateformes numériques. L’enjeu est considérable, car l’IA générative exige des moyens de calcul importants et promet, en théorie, de modifier à la fois la productivité des entreprises et les usages numériques du grand public.

Mais en Bourse, une promesse ne vaut pas encore un résultat. Le prix d’une action reflète en partie les profits actuels, mais aussi les bénéfices que le marché espère dans les années à venir. Lorsque ces anticipations sont particulièrement optimistes, les valorisations peuvent monter rapidement. Elles deviennent alors plus sensibles à tout élément qui remettrait en cause le rythme de croissance envisagé : dépenses d’infrastructure trop élevées, revenus commerciaux inférieurs aux attentes, concurrence accrue ou ralentissement économique.

L’enquête mensuelle de Bank of America citée dans ce contexte place l’IA au rang de principal « risque extrême » pour les marchés financiers. Cette formulation ne signifie pas que l’IA serait intrinsèquement négative. Elle souligne plutôt qu’un thème devenu très consensuel peut concentrer les espoirs, et donc aussi les déceptions éventuelles.

Pourquoi le Nasdaq 100 concentre les interrogations

Le Nasdaq 100 est au cœur de cette discussion, car cet indice rassemble une grande part des sociétés non financières cotées au Nasdaq, dont beaucoup sont associées aux technologies. Sur les six mois précédant le 19 octobre 2025, il a gagné 31 %, selon les données citées dans la publication d’origine. Une telle hausse témoigne d’un fort optimisme, mais appelle aussi à examiner le niveau auquel les investisseurs paient ces perspectives.

Un indicateur aide à comprendre le débat : le ratio entre la valeur boursière et les bénéfices attendus. Le Nasdaq 100 affiche un multiple supérieur à 38 fois les bénéfices prévus. Concrètement, ce chiffre signifie que les investisseurs acceptent de valoriser les entreprises de l’indice à plus de 38 fois les profits qu’elles sont censées générer. Ce ratio ne permet pas, à lui seul, de décréter l’existence d’une bulle. Des groupes en croissance rapide peuvent justifier des multiples élevés. Il devient toutefois plus délicat à défendre lorsque la croissance des bénéfices ne suit pas les attentes intégrées dans les cours.

Indicateur observé au 19 octobre 2025Niveau citéCe qu’il faut comprendre
Hausse du Nasdaq 100 sur six mois31 %Le marché technologique a connu une progression rapide, alimentée par de fortes anticipations autour de l’IA.
Valorisation du Nasdaq 100Plus de 38 fois les bénéfices attendusLes investisseurs paient cher les profits futurs anticipés, ce qui rend l’indice plus vulnérable aux déceptions.
Poids des dix plus grandes entreprises américainesPrès d’un quart du marché américainUne part importante de la performance et du risque est concentrée sur un petit nombre de titres.

Cette concentration est l’autre élément déterminant. D’après l’analyse de Goldman Sachs mentionnée dans la source, les dix plus grandes entreprises américaines pèsent près d’un quart du marché boursier américain. Lorsqu’un nombre limité de sociétés porte une part aussi importante de l’indice, leurs résultats, leurs annonces et leurs variations de cours peuvent peser lourdement sur la tendance générale.

Pour un épargnant qui détient un fonds indiciel, c’est une nuance essentielle. Un investissement présenté comme largement diversifié peut comporter une exposition significative à quelques très grandes capitalisations. La diversification existe toujours entre les entreprises présentes dans l’indice, mais elle peut être moins équilibrée qu’elle n’y paraît au premier regard.

Bulle de l’IA : quels éléments permettent de juger ?

Le mot « bulle » désigne une envolée des prix qui finit par se détacher durablement des fondamentaux économiques. Dans une bulle classique, la hausse se nourrit elle-même : les investisseurs achètent parce que les prix montent, ce qui fait encore monter les prix. Lorsque la confiance se retourne, le mécanisme peut fonctionner en sens inverse.

Appliquer cette étiquette aux valeurs liées à l’IA exige pourtant de la prudence. Contrairement à une pure spéculation sur un actif sans revenus, nombre de grandes entreprises technologiques disposent d’activités établies, de clients, de bénéfices et de capacités d’investissement très importantes. L’analyse de Goldman Sachs citée estime ainsi que le marché reste loin d’une bulle classique.

Ce constat n’efface pas le risque. La Banque d’Angleterre s’inquiète, de son côté, d’un risque accru de correction sur les marchés, dans un contexte de niveaux de valorisation élevés. Les deux diagnostics peuvent coexister : un marché n’a pas besoin d’être une bulle au sens historique le plus strict pour subir une baisse marquée si les attentes de croissance se révisent.

Trois questions aident à distinguer une dynamique économique solide d’un emballement plus fragile :

  • Les gains de productivité attribués à l’IA se traduisent-ils effectivement par des revenus ou des marges supplémentaires ?
  • Les dépenses considérables en puissance de calcul, centres de données et puces produisent-elles un rendement suffisant ?
  • Les résultats futurs pourront-ils satisfaire des anticipations déjà très élevées ?

La réponse varie selon les entreprises. Certaines vendent déjà les infrastructures recherchées par les acteurs de l’IA. D’autres parient sur des produits ou services dont le modèle économique reste à établir. Regrouper toutes ces sociétés sous l’étiquette « IA » risque donc de masquer de fortes différences de maturité, de rentabilité et d’exposition au risque.

Deux réponses opposées à l’incertitude des marchés

Valeurs liées à l’IA

  • Elles portent une promesse de croissance et de gains de productivité.
  • Le Nasdaq 100 a gagné 31 % sur les six mois précédant le 19 octobre 2025.
  • Leurs cours intègrent des attentes élevées sur les bénéfices futurs.
  • Le risque principal est une correction si les résultats déçoivent.
  • La concentration autour des très grandes entreprises accroît leur influence sur les indices.

Or

  • Il est recherché comme valeur refuge face à l’incertitude financière.
  • Il ne dépend pas des profits futurs d’une entreprise cotée.
  • Son prix peut progresser lorsque les investisseurs privilégient la protection.
  • Il ne verse ni intérêt ni dividende.
  • Il peut diversifier un portefeuille, sans le mettre à l’abri de toute fluctuation.

Pourquoi l’or attire-t-il de nouveau les investisseurs ?

Au même moment, l’or bénéficie d’une demande renforcée. Le métal précieux est traditionnellement considéré comme une valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché par certains investisseurs lorsqu’ils souhaitent limiter leur exposition aux turbulences des marchés financiers, à l’inflation ou aux incertitudes économiques.

L’or ne produit ni dividende ni intérêt. Sa valeur dépend de l’offre, de la demande et de la perception qu’en ont les marchés. Son attrait repose notamment sur sa rareté, son usage historique comme réserve de valeur et sa capacité à être détenu indépendamment des bénéfices d’une entreprise ou de la promesse de croissance d’un secteur.

La montée simultanée de l’or et des valeurs technologiques dessine ainsi un marché à deux vitesses. Une partie des capitaux recherche la croissance associée à l’IA. Une autre, ou parfois les mêmes investisseurs au sein de portefeuilles différents, cherche une assurance face aux risques macroéconomiques et financiers. Il ne s’agit pas nécessairement d’un transfert direct de l’un vers l’autre, mais de deux réactions à un même environnement incertain.

Le regain d’intérêt pour l’or peut être lu comme un signal de prudence. Il ne démontre pas qu’un krach technologique est imminent. Il indique en revanche que, derrière l’enthousiasme pour l’IA, une partie du marché prend en compte le risque d’une volatilité plus élevée.

Comment lire ces signaux sans confondre tendance et certitude

Les marchés ont tendance à amplifier les récits dominants. L’IA est aujourd’hui l’un de ces récits, parce qu’elle combine une innovation visible, des investissements massifs et des promesses de transformation dans presque tous les secteurs. Or, une bonne intuition technologique ne se traduit pas automatiquement par une bonne valorisation boursière à court terme.

La différence est importante. Une technologie peut s’imposer durablement tout en donnant lieu, pendant une période, à des attentes financières excessives pour certaines entreprises. L’histoire des marchés montre que les périodes d’innovation peuvent créer à la fois de vrais gagnants industriels et des corrections sévères parmi les acteurs dont les promesses n’aboutissent pas.

Face à ce contexte, les investisseurs ne peuvent pas se contenter d’observer la popularité d’un mot-clé ou l’évolution récente d’un indice. Ils doivent notamment regarder la capacité des sociétés à générer du chiffre d’affaires, leurs marges, leurs dépenses et leur position dans la chaîne de valeur de l’IA. Une entreprise qui conçoit des infrastructures indispensables n’a pas nécessairement le même profil qu’une société dont l’activité dépend d’usages encore hypothétiques.

La question de la concentration mérite également une attention particulière. Lorsque les plus grandes entreprises pèsent près d’un quart de la capitalisation du marché américain, une correction de quelques titres peut peser au-delà de leur secteur. À l’inverse, de bons résultats de ces mêmes groupes peuvent entretenir une hausse générale, même si toutes les entreprises ne profitent pas de la même manière de la vague de l’IA.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

L’évolution du débat dépendra moins des déclarations générales sur l’IA que de preuves concrètes. Les marchés scruteront d’abord les résultats des entreprises technologiques : croissance des revenus associés à l’IA, évolution des marges et ampleur des investissements nécessaires pour maintenir la course au calcul et aux données.

Le rythme des dépenses d’infrastructure sera particulièrement suivi. Construire et exploiter des capacités informatiques adaptées à l’IA exige des investissements importants. À terme, les investisseurs chercheront à savoir si ces dépenses débouchent sur des services rentables et suffisamment durables pour justifier les valorisations actuelles.

Il faudra aussi observer la concentration des indices. La part occupée par les plus grandes capitalisations américaines donne à leurs résultats une influence inhabituelle sur l’ensemble du marché. Enfin, la trajectoire de l’or restera un indicateur de l’appétit pour la protection, sans pour autant constituer à elle seule un diagnostic sur la santé des actions technologiques.

L’IA et l’or incarnent donc deux faces de la même période financière : la confiance dans une transformation économique profonde, et la volonté de se prémunir contre ce qui pourrait décevoir. Entre ces deux mouvements, la question centrale reste celle de la mesure. Les promesses de l’intelligence artificielle devront progressivement être confirmées par des résultats économiques à la hauteur des prix déjà consentis par les marchés.

Questions fréquentes

L’intelligence artificielle crée-t-elle une bulle boursière en 2025 ?

Il est trop tôt pour l’affirmer avec certitude. L’analyse de Goldman Sachs citée estime que le marché reste loin d’une bulle classique, notamment parce que plusieurs grands groupes technologiques génèrent déjà des bénéfices. Mais la hausse rapide des cours, les valorisations élevées et la concentration du marché font peser un risque de correction si les résultats ne répondent pas aux attentes.

Pourquoi le Nasdaq 100 est-il jugé cher ?

Le Nasdaq 100 se négocie à plus de 38 fois les bénéfices attendus. Ce ratio signifie que les investisseurs paient aujourd’hui un prix élevé pour des profits espérés demain. Une telle valorisation peut être défendue si les bénéfices progressent fortement, mais elle rend aussi l’indice plus vulnérable à un ralentissement de la croissance ou à des prévisions revues à la baisse.

Pourquoi l’or monte-t-il lorsque les actions technologiques progressent aussi ?

Les deux mouvements peuvent répondre à des besoins différents. Les actions liées à l’IA attirent les investisseurs en quête de croissance, tandis que l’or est recherché par ceux qui veulent se protéger d’incertitudes économiques ou financières. Certains portefeuilles peuvent d’ailleurs combiner ces deux expositions, sans considérer qu’elles s’excluent mutuellement.

Qu’est-ce que la concentration des marchés américains signifie pour les investisseurs ?

Les dix plus grandes entreprises américaines représentent près d’un quart du marché boursier américain selon l’analyse citée de Goldman Sachs. Cette concentration signifie que quelques grandes sociétés peuvent influencer fortement les indices. Un fonds indiciel reste diversifié entre de nombreuses entreprises, mais son évolution peut dépendre davantage qu’auparavant des performances d’un nombre limité de très grandes capitalisations.

L’or protège-t-il toujours contre une baisse des marchés ?

Non. L’or est souvent qualifié de valeur refuge parce qu’il peut attirer la demande lors de périodes d’incertitude, mais il n’offre aucune protection automatique. Son prix fluctue selon de nombreux facteurs et il ne procure ni revenu régulier ni intérêt. Il est généralement envisagé comme un instrument de diversification, pas comme une assurance infaillible contre toutes les pertes.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Bank of America, recherche et analyses de marchéwww.bofaml.com
  2. Goldman Sachs, analyses et perspectives de marchéwww.goldmansachs.com/insights
  3. Banque d’Angleterre, stabilité financièrewww.bankofengland.co.uk/financial-stability
  4. Nasdaq, informations sur les indices de marchéwww.nasdaq.com