Motion veut donner aux PME des agents IA prêts à l’emploi, la stratégie de Harry Qi
Fondée en 2019, Motion transforme son application de planification en une plateforme d’agents IA destinée aux petites et moyennes entreprises. Avec plus de 10 000 clients B2B en quelques mois et 38 millions de dollars levés, la société de Harry Qi entend rendre l’automatisation avancée accessible sans équipe technique interne.

Motion est partie d’un constat très concret : dans une petite entreprise, le temps perdu à organiser les réunions, trier les messages, relancer des prospects ou répondre aux demandes clients finit par peser sur toute l’activité. La jeune pousse veut répondre à cette dispersion avec des agents d’intelligence artificielle réunis dans une même interface, plutôt qu’une succession d’outils séparés à paramétrer.
Derrière ce projet se trouve Harry Qi, dont le nom est parfois transcrit « Harry Chi » dans des présentations antérieures. Avec ses cofondateurs, il a d’abord conçu Motion comme une application de calendrier et de gestion des tâches assistée par IA. En mai 2025, l’entreprise a élargi cette proposition avec une suite d’agents destinés aux petites et moyennes entreprises, un marché où les équipes n’ont généralement ni les budgets ni les spécialistes nécessaires pour développer leurs propres systèmes.
L’archive qui a servi de point de départ à cet article évoque les PME ukrainiennes. Les informations disponibles décrivent toutefois une offre pour les PME au sens large, sans fournir de données sur une implantation, des clients ou des fonctionnalités propres à l’Ukraine. Il serait donc imprudent de présenter Motion comme un outil exclusivement ukrainien. Son ambition affichée est plus générale : apporter à des entreprises de taille modeste des assistants logiciels capables de prendre en charge une partie des tâches répétitives.
De l’analyse quantitative à la création d’un logiciel de travail
Avant Motion, Harry Qi avait travaillé comme analyste quantitatif dans un fonds d’investissement. Ce métier consiste à s’appuyer sur des modèles statistiques et des données pour éclairer les décisions financières. À 23 ans, il avait déjà atteint un chiffre d’affaires annuel proche de 1 million de dollars.
Cette réussite ne l’a pas empêché de connaître une forme d’épuisement professionnel, ni de vouloir travailler sur un produit dont l’utilité lui semblerait plus directe. C’est dans ce contexte qu’il s’associe en 2019 à deux anciens camarades de classe, Omid Ruoholfada et Ethan Yu, pour développer un outil de planification et de gestion de tâches propulsé par l’intelligence artificielle. Chander Ramesh rejoindra par la suite l’équipe comme cofondateur.
L’idée initiale de Motion répond à un problème familier : un agenda n’est pas seulement une grille de rendez-vous. Il doit arbitrer entre des priorités mouvantes, des tâches longues, des réunions qui se déplacent et des échéances difficiles à tenir. Un logiciel de planification intelligent cherche précisément à aider l’utilisateur à organiser ces éléments, plutôt que de se contenter de les afficher.
La candidature de l’équipe à l’accélérateur américain Y Combinator est acceptée en 2020. Les fondateurs quittent alors leurs emplois afin de se consacrer à Motion. Ce passage par Y Combinator ne garantit pas le succès commercial, mais il donne aux jeunes entreprises un cadre intensif pour clarifier leur produit, rencontrer des investisseurs et tester rapidement leur capacité à trouver des clients.
Pourquoi les PME constituent un terrain stratégique pour les agents IA
Les grandes entreprises peuvent financer des intégrations sur mesure, recruter des équipes informatiques et expérimenter des solutions internes. Pour une PME, l’équation est différente. Les besoins sont souvent comparables, par exemple gérer les courriels, les rendez-vous, les prospects ou les tickets de support, mais les ressources disponibles sont beaucoup plus limitées.
C’est ce créneau que Motion vise. Au lieu de demander à chaque client de construire son propre agent, l’entreprise propose un ensemble de fonctions prêtes à être utilisées et intégrées à des logiciels professionnels répandus, dont Slack, Google Apps et Salesforce. L’intérêt est de réduire la multiplication des interfaces : une action réalisée dans l’outil de travail quotidien peut alimenter la planification, le suivi commercial ou le service client.
Cette promesse repose sur un point essentiel : l’intégration. Un agent isolé, incapable d’accéder au calendrier ou aux informations nécessaires à sa mission, apporte une valeur limitée. À l’inverse, connecter un assistant à des données professionnelles exige de définir attentivement qui peut lire, modifier ou envoyer quoi. Pour une PME, le gain de temps recherché doit donc aller de pair avec un paramétrage clair des accès et une vérification humaine des actions importantes.
Motion met en avant une expérience unifiée, là où certaines entreprises assemblent plusieurs applications distinctes. Cette différence est particulièrement pertinente pour les petites équipes : chaque nouveau logiciel implique une formation, une facture, des identifiants et parfois des transferts manuels de données.
Une plateforme unifiée face à l’empilement d’outils
Outils séparés
- Un agenda, une messagerie, un CRM et un support peuvent fonctionner dans des applications différentes.
- Les équipes doivent souvent basculer d’une interface à l’autre pour suivre une même tâche.
- Les données et les consignes peuvent être dispersées entre plusieurs services.
- Chaque outil peut exiger son propre abonnement, paramétrage et apprentissage.
Approche Motion
- Plusieurs agents sont réunis dans un système unique destiné aux PME.
- L’offre associe notamment planification, ventes, support client et rédaction de contenus.
- Les agents sont conçus pour s’intégrer à Slack, Google Apps et Salesforce.
- Le modèle par crédits permet d’adapter le niveau d’accès aux besoins de l’entreprise.
Quels agents Motion propose-t-il aux entreprises ?
La suite présentée par Motion rassemble plusieurs rôles traditionnellement répartis entre différents logiciels ou collaborateurs. Le principe n’est pas de supprimer toute intervention humaine, mais d’automatiser une part de la coordination, de la préparation et du traitement des demandes courantes.
| Agent ou fonction | Rôle mis en avant | Exemple d’usage pour une PME |
|---|---|---|
| Assistant exécutif | Planification et gestion de courriels | Organiser un rendez-vous ou aider à prioriser des messages entrants |
| Agent commercial | Soutien au suivi des ventes | Accompagner le traitement des prospects dans le processus commercial |
| Représentant du support client | Prise en charge des demandes de clients | Répondre aux sollicitations de support et orienter les requêtes |
| Assistant de rédaction | Production de contenus professionnels | Préparer des articles de blog ou des publications pour les réseaux sociaux |
L’assistant exécutif est au cœur de l’ADN historique de Motion. Il vise les tâches de calendrier et de messagerie qui fragmentent les journées de dirigeants, de responsables commerciaux ou de chefs de projet. Dans une petite structure, ces fonctions administratives incombent souvent à des personnes dont ce n’est pas le métier principal.
L’agent commercial et le représentant du support client élargissent ensuite l’usage de la plateforme à la relation avec les prospects et les clients. Un agent commercial peut aider à structurer le suivi, tandis qu’un agent de support est pensé pour accompagner le traitement des demandes. L’assistant de rédaction, cité parmi les fonctions proposées, cible quant à lui les contenus de blog et de réseaux sociaux.
La valeur de ce type d’offre dépend moins du nombre d’agents annoncés que de leur capacité à travailler avec les informations pertinentes, dans le bon contexte. Une PME doit notamment définir ses règles de validation : un brouillon d’e-mail peut être utilement préparé par une IA, tandis qu’un engagement commercial, une information confidentielle ou une réponse sensible à un client mérite souvent un contrôle avant envoi.
Une croissance rapide, de 10 000 clients B2B à 10 millions de dollars récurrents
Motion affirme avoir enregistré une forte accélération après le lancement de ses agents intégrés. En quelques mois, l’entreprise a dépassé 10 000 clients B2B et porté son revenu récurrent annuel à 10 millions de dollars. Le revenu récurrent annuel, souvent désigné par l’expression anglaise ARR, est un indicateur qui annualise les abonnements ou recettes répétées à un moment donné. Il ne correspond pas nécessairement au chiffre d’affaires effectivement encaissé sur l’ensemble d’une année déjà écoulée.
Ces chiffres illustrent l’appétit des entreprises pour des solutions qui promettent d’alléger la charge administrative. Ils montrent aussi un changement de positionnement : Motion ne se présente plus uniquement comme un agenda intelligent pour des utilisateurs individuels, mais comme une plateforme susceptible d’équiper plusieurs fonctions d’une entreprise.
Le défi est désormais de transformer cette adoption initiale en usage durable. Les outils de productivité sont soumis à une exigence simple : ils doivent faire réellement gagner du temps. Si la mise en place est longue, si les réponses doivent être constamment reprises ou si les équipes ne savent pas à quel outil se fier, l’effet inverse peut se produire. Une solution intégrée n’est convaincante que si elle réduit la complexité quotidienne au lieu de la déplacer.
Financement, valorisation et modèle tarifaire
La croissance de Motion s’accompagne d’un financement conséquent. L’entreprise a annoncé une levée de 38 millions de dollars en série C, menée par Stacey Bishop de Scale Venture Partners. La valorisation post-money, c’est-à-dire la valeur attribuée à l’entreprise juste après l’entrée des nouveaux capitaux, est donnée aux alentours de 550 millions de dollars.
Au total, Motion a levé plus de 75 millions de dollars, avec notamment la participation de HOF Capital et de Valor Equity Partners. Pour une entreprise qui cible les PME, ces fonds doivent notamment permettre de faire évoluer le produit, de soutenir les intégrations avec les logiciels professionnels et d’accompagner la croissance commerciale.
Son modèle économique repose sur une logique de paiement à l’usage, avec des formules de base incluant des crédits. Les clients peuvent ensuite ajuster leurs besoins selon le nombre d’agents ou le niveau d’accès recherché. Les prix annoncés vont de 29 dollars par mois pour un accès limité à 600 dollars par mois pour l’accès complet.
Ce modèle a une logique pratique : une petite structure peut commencer avec un périmètre réduit avant d’étendre l’usage. Mais il impose aussi de surveiller le coût global. Pour évaluer une offre d’agents IA, une PME doit regarder au-delà du tarif d’entrée : volume de crédits, nombre d’utilisateurs, intégrations nécessaires, temps de configuration et éventuels besoins de validation humaine sont autant d’éléments qui déterminent le retour sur investissement réel.
Construire une entreprise durable plutôt qu’un simple effet de mode
Harry Qi ne cache pas l’ampleur de son ambition. Il souhaite bâtir une entreprise à la valeur durable, qu’il compare à Microsoft dans sa capacité à s’inscrire dans le temps. Cette référence ne signifie pas que Motion se situe aujourd’hui à la même échelle, mais elle résume une volonté : faire de son produit une infrastructure de travail durable, et non un service éphémère porté par l’engouement autour de l’IA.
Le fondateur insiste également sur les retours reçus des utilisateurs. « Ce qui vous motive, c’est de savoir que vous avez créé quelque chose d’utile », affirme-t-il. Pour lui, l’objectif est que chaque utilisateur puisse disposer d’assistants puissants, capables d’interagir harmonieusement au sein d’une interface unique.
Cette vision se heurte à une réalité : l’IA professionnelle évolue rapidement et l’intensité concurrentielle est forte. Les entreprises attendent désormais des résultats concrets, une sécurité adaptée à leurs données et une expérience fiable. Les promesses générales ne suffisent plus, surtout auprès de PME pour lesquelles une erreur de planification, une mauvaise réponse client ou une dépense imprévue ont des conséquences directes.
Ce qu’il faut surveiller
La trajectoire de Motion dépendra d’abord de sa capacité à démontrer que ses agents fonctionnent ensemble de façon réellement fluide. Le calendrier, les messages, les ventes et le support client sont liés dans la vie d’une entreprise. C’est précisément cette continuité que la plateforme promet de simplifier.
Il faudra également observer la manière dont l’entreprise accompagne les PME dans le déploiement. Le meilleur agent IA reste peu utile si les équipes ne savent pas lui confier les bonnes tâches, contrôler ses résultats ou l’intégrer à leurs pratiques. La pédagogie, la qualité des connecteurs et la transparence des coûts compteront autant que les capacités techniques.
Enfin, la recherche d’une croissance durable impose de conserver une relation étroite avec les utilisateurs, un point que Harry Qi place au centre de son projet. Avec plus de 10 000 clients B2B revendiqués et une valorisation proche de 550 millions de dollars, Motion a déjà franchi un cap. Son prochain défi sera de prouver que ses agents ne sont pas seulement impressionnants en démonstration, mais indispensables dans le quotidien des petites entreprises.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que Motion et à quoi sert cet outil ?
Motion est une application de productivité fondée en 2019, initialement centrée sur le calendrier et la gestion des tâches assistés par intelligence artificielle. Depuis mai 2025, elle propose aussi des agents pour les PME, notamment pour la planification, la gestion des e-mails, le suivi commercial, le support client et la rédaction de contenus.
Qui a fondé Motion ?
Motion a été créée par Harry Qi avec Omid Ruoholfada et Ethan Yu. Chander Ramesh a ensuite rejoint l’entreprise comme cofondateur. Avant de lancer Motion, Harry Qi avait travaillé comme analyste quantitatif dans un fonds d’investissement, un poste où les décisions reposent largement sur l’analyse statistique et les modèles de données.
Combien coûte Motion pour une petite entreprise ?
Selon les informations communiquées, Motion utilise un modèle comprenant des crédits et des niveaux d’accès évolutifs. Les tarifs annoncés commencent à 29 dollars par mois pour un accès limité et peuvent atteindre 600 dollars par mois pour un accès complet. Une entreprise doit vérifier les crédits inclus et les fonctions nécessaires avant de choisir une formule.
Motion est-il réservé aux entreprises ukrainiennes ?
Non, les informations disponibles présentent Motion comme une plateforme visant les petites et moyennes entreprises de manière générale. Une archive évoque les PME ukrainiennes, mais elle ne fournit ni donnée sur des clients en Ukraine, ni information sur une implantation locale, ni fonctionnalité spécifique à ce pays. L’offre doit donc être comprise comme destinée au marché des PME au sens large.
Pourquoi Motion a-t-elle attiré plus de 10 000 clients B2B ?
Motion attribue son développement à une proposition centrée sur les besoins des PME : proposer des agents IA prêts à l’emploi plutôt que demander aux entreprises de les développer elles-mêmes. L’intégration avec des outils tels que Slack, Google Apps et Salesforce, ainsi que la réunion de plusieurs fonctions dans une même interface, constituent les principaux arguments avancés.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Motion, site officiel de la plateforme de productivité et d’agents IAwww.usemotion.com
- Y Combinator, annuaire des entreprises accompagnéeswww.ycombinator.com/companies
- Scale Venture Partners, site officiel du fonds d’investissementwww.scalevp.com
- HOF Capital, site officiel du fonds d’investissementwww.hofcapital.com



