Modèles et LLM

Claude 3.7 Sonnet et Claude Code : le raisonnement hybride d’Anthropic

Anthropic a dévoilé Claude 3.7 Sonnet, un modèle capable de répondre rapidement ou de consacrer davantage de calcul aux problèmes difficiles. Avec Claude Code, son assistant de programmation en terminal, l’entreprise cible aussi les développeurs. Fonctionnement, prix, accès et limites : voici ce qu’il faut retenir.

Développeur utilisant un assistant IA en terminal pour analyser du code et lancer des tests.
Illustration : Actu.ai

Le 24 février 2025, Anthropic a présenté Claude 3.7 Sonnet, une nouvelle version de son modèle de langage, et Claude Code, un outil conçu pour intervenir directement dans le terminal des développeurs. L’annonce ne porte pas seulement sur une amélioration de performances : l’entreprise veut modifier la manière dont une même IA répartit son effort entre une réponse immédiate et une analyse plus longue.

L’idée est simple à énoncer, mais importante dans l’usage. Pour une question courante, une IA doit être rapide. Pour un problème de programmation complexe, une analyse de document ou une consigne comportant de nombreuses contraintes, elle peut en revanche avoir intérêt à consacrer plus de calcul à son raisonnement avant de répondre. Anthropic réunit ces deux comportements dans un seul modèle, plutôt que de demander à l’utilisateur de choisir systématiquement entre deux modèles distincts.

Claude 3.7 Sonnet, qu’est-ce qui change ?

Claude 3.7 Sonnet est un grand modèle de langage, c’est-à-dire un système entraîné à produire et à interpréter du texte, du code et certains contenus visuels à partir d’instructions. Il succède à Claude 3.5 Sonnet dans la gamme d’Anthropic. L’entreprise le présente comme son modèle le plus intelligent à cette date et comme le premier modèle de raisonnement hybride disponible sur le marché.

Le terme « hybride » désigne ici deux modes de fonctionnement intégrés au même produit :

  • un mode de réponse standard, destiné aux échanges qui ne nécessitent pas une longue délibération ;
  • un mode de réflexion étendue, ou extended thinking, dans lequel le modèle peut prendre davantage de temps pour décomposer une tâche avant de formuler sa réponse.

Cette distinction compte notamment pour le code. Produire une fonction courte à partir d’une consigne explicite est une chose. Comprendre l’organisation d’un projet existant, identifier la cause probable d’une erreur, modifier plusieurs fichiers sans rompre les dépendances et vérifier le résultat en est une autre. Dans ce second cas, l’IA doit conserver davantage de contraintes en tête et enchaîner plusieurs étapes de raisonnement.

Anthropic met aussi en avant des progrès dans le respect d’instructions nuancées, le raisonnement général, le développement web côté interface, ainsi que l’analyse de contenus visuels. Le modèle peut donc être utilisé pour examiner des graphiques, des schémas ou les éléments visuels d’un document PDF, en complément de son contenu textuel.

Comment fonctionne le raisonnement hybride ?

Dans l’interface Claude, l’utilisateur peut demander au modèle de recourir à une réflexion étendue. L’objectif est de rendre cette étape de raisonnement plus visible et de laisser le système consacrer plus de temps aux problèmes difficiles. Anthropic défend ainsi une approche où la rapidité et la profondeur ne sont plus réservées à deux produits séparés.

Pour les entreprises et les développeurs qui passent par l’API, le contrôle est plus précis. Ils peuvent fixer un budget de réflexion, c’est-à-dire une limite au nombre de tokens que Claude peut employer pendant sa phase d’analyse. Ce budget peut atteindre 128 000 tokens. Un token est une petite unité de texte utilisée par les modèles d’IA : un mot peut correspondre à un ou plusieurs tokens selon la langue et le contexte.

Ce réglage permet d’adapter le comportement du modèle au cas d’usage. Une assistance conversationnelle destinée à répondre vite à des demandes simples n’a pas les mêmes besoins qu’un outil chargé d’examiner une base de code. Dans le premier cas, une réflexion longue peut surtout ajouter de la latence et du coût. Dans le second, elle peut améliorer la capacité du système à planifier, à respecter les contraintes et à éviter certaines erreurs de parcours.

Réponse standard ou réflexion étendue : deux usages dans Claude 3.7 Sonnet

Réponse standard

  • Privilégie une réponse rapide pour les demandes courantes.
  • Convient aux questions simples, à la rédaction et aux échanges interactifs.
  • Réduit la latence et limite le volume de tokens générés.
  • Ne mobilise pas un budget de réflexion prolongée.

Réflexion étendue

  • Consacre davantage de calcul aux problèmes à plusieurs étapes.
  • Peut être choisie dans Claude et paramétrée via un budget dans l’API.
  • S’adresse notamment au code, à l’analyse et aux consignes complexes.
  • Augmente potentiellement le délai de réponse et les tokens facturés.

Il faut toutefois éviter une confusion fréquente : plus de calcul ne garantit pas qu’une réponse est vraie. Le raisonnement étendu peut aider un modèle à organiser une résolution, à repérer une incohérence ou à traiter une demande à plusieurs étapes. Il ne remplace ni une source fiable, ni un test logiciel, ni la validation d’une personne compétente. L’intérêt du mode hybride est donc d’offrir un degré de contrôle supplémentaire, pas de transformer l’IA en arbitre infaillible.

Prix et accès à Claude 3.7 Sonnet

Anthropic conserve pour Claude 3.7 Sonnet une grille de prix de 3 $ par million de tokens en entrée et de 15 $ par million de tokens en sortie. Les tokens employés durant la réflexion sont comptabilisés comme des tokens de sortie. C’est un élément concret à prendre en compte : demander au modèle de réfléchir plus longtemps peut améliorer le résultat sur certaines tâches, mais augmente aussi le volume facturé.

ÉlémentDisponibilité ou tarif annoncé au 26 février 2025Ce qu’il faut comprendre
Texte envoyé au modèle via l’API3 $ par million de tokensIl s’agit des instructions, documents et contenus fournis à Claude.
Texte généré par le modèle15 $ par million de tokensCe montant inclut les tokens utilisés pour la réflexion étendue.
Claude 3.7 Sonnet dans ClaudePlans Free, Pro, Team et EnterpriseLe modèle est déployé dans l’assistant d’Anthropic.
Réflexion étendue dans ClaudePlans payantsCette option vise les demandes nécessitant une analyse plus approfondie.
Services cloudAPI Anthropic, Amazon Bedrock et Google Cloud Vertex AILes entreprises peuvent intégrer le modèle à leurs propres environnements.

Pour un utilisateur individuel, la notion de million de tokens peut sembler abstraite, car la tarification à l’usage concerne surtout les intégrations par API. Pour une organisation, elle est déterminante. Le coût réel dépendra du nombre de requêtes, de la taille des documents transmis, de la longueur des réponses demandées et du budget de réflexion choisi.

Claude Code, l’agent qui travaille dans le terminal

La seconde partie de l’annonce est Claude Code, proposé comme un aperçu de recherche limité. Il ne s’agit pas d’une simple zone de discussion qui suggère un extrait de code à copier-coller. Anthropic le présente comme un outil agentique en ligne de commande, conçu pour accomplir des actions dans un environnement de développement.

Depuis le terminal, Claude Code peut notamment rechercher et lire du code dans un projet, modifier des fichiers, écrire et exécuter des tests, puis effectuer des actions liées à GitHub, telles que créer des validations de code et les envoyer au dépôt. L’intérêt est de raccourcir le passage entre une demande formulée en langage naturel et les opérations répétitives ou exploratoires nécessaires pour y répondre.

Prenons un exemple simple. Un développeur constate qu’un test échoue après une modification. Un assistant conversationnel classique peut expliquer une erreur si l’utilisateur colle le message et les fichiers concernés. Un agent connecté au projet peut, lui, parcourir les fichiers pertinents, identifier les références utilisées, proposer une correction, appliquer cette correction et lancer les tests. La supervision humaine reste indispensable, mais le nombre d’allers-retours manuels peut diminuer.

Cette promesse rapproche Claude Code des outils de programmation dits agentiques. Leur rôle ne consiste plus uniquement à compléter la prochaine ligne de code : ils peuvent enchaîner une série d’étapes vers un objectif. C’est une évolution importante, mais elle implique aussi davantage de précautions. Donner à un outil l’accès à des fichiers, à des commandes et à un dépôt demande de contrôler ses autorisations, de relire ses modifications et de ne pas lui confier sans vérification des secrets, des identifiants ou des environnements de production.

À quels usages ces nouveautés se destinent-elles ?

Claude 3.7 Sonnet vise un public plus large que les seuls ingénieurs. Sa capacité à suivre des consignes complexes et à analyser des documents peut intéresser des équipes qui travaillent sur des synthèses, des dossiers mêlant texte et graphiques, ou des processus internes nécessitant de nombreuses règles. La fonction de réflexion étendue est particulièrement pertinente lorsque la tâche demande un raisonnement structuré plutôt qu’une réponse instantanée.

Claude Code cible plus directement les développeurs et les équipes produit. Parmi les usages envisagés figurent :

  • l’exploration d’une base de code inconnue avant une modification ;
  • la correction d’erreurs accompagnée de l’exécution de tests ;
  • la création de fonctions ou de scripts à partir d’une spécification ;
  • l’automatisation de tâches de maintenance dans un dépôt logiciel ;
  • la préparation de modifications à soumettre ensuite à une revue humaine.

Les deux produits s’appuient sur le même mouvement de fond : faire passer l’IA générative de la réponse isolée à une aide capable de suivre un processus. Pour autant, leur valeur dépendra de la qualité du contexte transmis. Un modèle ne peut pas deviner les règles métier absentes d’une documentation, ni compenser un projet mal testé. Plus l’action demandée est concrète, plus les garde-fous doivent l’être aussi.

Pourquoi Anthropic insiste sur le code

La programmation est devenue l’un des terrains de comparaison les plus visibles entre les grands modèles d’IA. Elle offre des critères relativement concrets, comme la capacité à corriger un problème décrit dans un dépôt de code ou à produire une interface web conforme à une demande. Anthropic indique que Claude 3.7 Sonnet obtient 62,3 % sur SWE-bench Verified, une évaluation de résolution de problèmes logiciels issus de véritables projets. Avec une infrastructure de test personnalisée, l’entreprise rapporte un score de 70,3 %.

Ces résultats sont utiles pour situer les ambitions du modèle, mais ils ne résument pas l’expérience en entreprise. Un benchmark mesure une tâche et un protocole précis. Dans un projet réel, la qualité dépend aussi de la documentation, des droits d’accès, de la complexité de l’architecture, des tests disponibles et de la capacité des équipes à relire les propositions de l’agent.

Le choix d’un outil en terminal est également révélateur. C’est dans cet espace que les développeurs consultent des fichiers, installent des dépendances, lancent des tests et utilisent Git. En s’y installant, Claude Code cherche à réduire la fragmentation entre la conversation avec une IA et l’exécution concrète des tâches techniques.

Ce qu’il faut surveiller

La sortie de Claude 3.7 Sonnet pose une question pratique : dans quels cas faut-il demander à l’IA de répondre tout de suite, et dans quels cas faut-il accepter qu’elle prenne plus de temps et consomme davantage de ressources ? Les équipes qui expérimenteront le modèle devront mesurer à la fois la qualité des résultats, le temps de réponse et le coût associé aux tokens de réflexion.

Pour Claude Code, l’enjeu sera la fiabilité dans des situations réelles. Un agent capable de lire, modifier et tester du code peut faire gagner du temps sur des tâches bien délimitées. Il peut aussi propager rapidement une erreur si ses actions ne sont pas revues. Son aperçu de recherche limité doit donc être compris comme une phase d’expérimentation, non comme une délégation autonome du développement logiciel.

À la date du 26 février 2025, Anthropic avance ainsi sur deux fronts complémentaires : un modèle unique dont le niveau de réflexion peut être ajusté, et un outil qui tente de transformer cette capacité en actions dans le flux de travail des développeurs. La compétition entre assistants IA se jouera désormais autant sur la qualité des réponses que sur leur capacité à agir, de façon contrôlée, dans les outils quotidiens.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Claude 3.7 Sonnet ?

Claude 3.7 Sonnet est un modèle de langage d’Anthropic annoncé le 24 février 2025. Sa particularité est d’associer un mode de réponse rapide et un mode de réflexion étendue dans un même modèle. Il peut ainsi être utilisé pour des échanges courants comme pour des tâches de raisonnement ou de programmation plus complexes.

Que signifie le raisonnement hybride de Claude 3.7 Sonnet ?

Le raisonnement hybride désigne la possibilité de répondre immédiatement ou de consacrer davantage de temps de calcul à l’analyse d’un problème. Dans l’API, les développeurs peuvent fixer un budget de réflexion allant jusqu’à 128 000 tokens. Cette option peut améliorer le traitement de tâches complexes, sans garantir l’exactitude de chaque réponse.

Combien coûte Claude 3.7 Sonnet via l’API ?

Anthropic annonce un prix de 3 $ par million de tokens en entrée et de 15 $ par million de tokens en sortie. Les tokens générés pendant la phase de réflexion étendue sont inclus dans les tokens de sortie. Le coût dépend donc aussi de la longueur des documents, des réponses et du budget de réflexion demandé.

Qu’est-ce que Claude Code et à qui s’adresse-t-il ?

Claude Code est un outil agentique en ligne de commande proposé en aperçu de recherche limité. Il s’adresse principalement aux développeurs. Il peut rechercher et lire du code, modifier des fichiers, écrire et exécuter des tests, puis effectuer certaines actions GitHub. Ses changements doivent toutefois être relus et validés par une personne responsable du projet.

Claude 3.7 Sonnet peut-il analyser des PDF et des éléments visuels ?

Oui, Anthropic met en avant les capacités d’analyse de contenus visuels de Claude 3.7 Sonnet, notamment pour les graphiques, schémas et éléments visuels présents dans des documents PDF. Comme pour tout outil d’IA, l’interprétation obtenue doit être contrôlée lorsque le document contient des informations importantes ou sensibles.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Anthropic, annonce de Claude 3.7 Sonnet et Claude Codewww.anthropic.com/news/claude-3-7-sonnet
  2. Anthropic, page de tarificationwww.anthropic.com/pricing
  3. SWE-bench, évaluation de résolution de problèmes logicielswww.swebench.com