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IA agentique : comment les dirigeants peuvent transformer le développement logiciel

L’IA agentique promet d’automatiser une part croissante du travail logiciel, de l’analyse d’une demande aux tests et à la maintenance. Mais l’enjeu pour les dirigeants n’est pas seulement de gagner du temps : il consiste à organiser une adoption sécurisée, mesurable et réellement utile aux équipes.

Équipe logicielle supervisant un agent d’IA qui relie analyse, code, tests et validations.
Illustration : Actu.ai

En mars 2025, l’intelligence artificielle ne se limite plus à suggérer quelques lignes de code ou à résumer une documentation technique. Les entreprises s’intéressent de plus en plus à l’IA agentique, c’est-à-dire à des systèmes pouvant enchaîner des actions pour atteindre un objectif, avec un degré d’autonomie encadré. Pour les directions générales comme pour les directions technologiques, la promesse est claire : raccourcir certains cycles de travail sans sacrifier la qualité des logiciels.

Cette promesse ne doit toutefois pas être confondue avec une automatisation sans contrôle. Développer un logiciel reste un travail collectif qui touche aux besoins des clients, à la sécurité, aux données, au droit et à la fiabilité d’un produit. L’IA agentique peut devenir un levier d’innovation important, à condition que l’entreprise sache précisément quelles tâches lui confier, quels résultats vérifier et qui reste responsable des décisions.

Qu’appelle-t-on IA agentique ?

Un agent d’intelligence artificielle est un système conçu pour accomplir une mission donnée en suivant plusieurs étapes. Là où un assistant conversationnel répond généralement à une instruction ponctuelle, un agent peut décomposer un objectif, choisir des actions, consulter des informations autorisées, utiliser des outils et ajuster sa trajectoire en fonction des résultats obtenus.

Dans le développement logiciel, une demande telle que « préparer une correction sur ce problème signalé par les utilisateurs » peut ainsi être décomposée en sous-tâches : examiner le ticket, rechercher les composants concernés, proposer une modification, préparer des tests, puis rédiger une note de synthèse. Chaque étape doit être limitée par les droits attribués au système et contrôlée selon le niveau de risque.

Il ne s’agit pas d’une technologie unique ni d’un bouton magique. L’IA agentique associe généralement un modèle d’IA générative, des instructions, une mémoire de travail, des outils logiciels et des règles de validation. Sa valeur dépend donc autant de l’organisation qui l’entoure que du modèle utilisé.

Pourquoi le développement logiciel est-il un terrain d’adoption prioritaire ?

Les équipes logicielles évoluent sous une pression continue. Elles doivent livrer de nouvelles fonctions, corriger des anomalies, répondre à des exigences de sécurité, documenter les évolutions et maintenir des systèmes parfois anciens. Les cycles traditionnels, fondés sur des passages successifs entre métiers, développement, test et exploitation, peuvent devenir trop lents lorsque les demandes changent rapidement.

Les outils d’IA générative ont déjà montré leur capacité à aider à rédiger, expliquer ou transformer du code. L’étape agentique vise à relier ces capacités à un flux de travail plus complet. Plutôt que de produire seulement une suggestion, le système peut contribuer à faire avancer un dossier de bout en bout, dans un cadre défini.

Cette approche intéresse les dirigeants pour trois raisons principales : elle peut réduire le temps consacré à certaines tâches répétitives, rendre les équipes plus réactives face aux demandes et libérer davantage de temps pour la conception, l’arbitrage et l’amélioration des produits. L’enjeu n’est donc pas seulement de produire davantage de code. Il est de mieux organiser la chaîne qui conduit d’une idée à un logiciel fiable et utilisable.

Étape du travail logicielApport possible d’un agentValidation humaine indispensable
Analyse d’une demandeRésumer les informations disponibles et identifier des éléments à clarifierVérifier le besoin métier et les priorités
Écriture de codeProposer une première implémentation ou des modifications cibléesRelire l’architecture, la sécurité et la maintenabilité
TestsGénérer des scénarios, lancer des contrôles autorisés et signaler des échecsDécider de la couverture utile et interpréter les résultats
DocumentationPréparer des explications techniques et des notes de versionContrôler l’exactitude et les informations sensibles
MaintenanceTrier des incidents et suggérer des pistes de diagnosticArbitrer les corrections et leur déploiement

Des gains possibles, mais pas une garantie de qualité

L’intérêt d’un agent réside dans sa capacité à coordonner des tâches nombreuses et parfois fastidieuses. Il peut, par exemple, préparer une base de travail plus rapidement qu’une recherche manuelle, aider à standardiser des documents ou mettre en évidence des incohérences dans un ensemble d’informations. Pour les équipes, ce soutien peut réduire une partie des frictions qui ralentissent la livraison d’un produit.

Mais une réponse produite rapidement n’est pas nécessairement juste. Un système d’IA peut mal interpréter une demande, proposer un code inadapté au contexte ou produire une explication convaincante mais erronée. Plus l’agent dispose d’accès, par exemple à un dépôt de code, à des outils de test ou à des données internes, plus les conséquences d’une erreur peuvent être significatives.

Les dirigeants ont donc intérêt à poser une question plus exigeante que « combien de temps l’outil fait-il gagner ? ». Il faut aussi demander si le logiciel livré est plus fiable, si les incidents diminuent, si les équipes comprennent les changements apportés et si les risques sont maîtrisés. L’accélération devient un avantage concurrentiel seulement lorsqu’elle ne crée pas une dette technique ou opérationnelle plus coûteuse à traiter ensuite.

Assistant de code et IA agentique : une différence de périmètre

Assistant de code

  • Répond principalement à une demande ponctuelle formulée par un utilisateur.
  • Peut suggérer, expliquer ou compléter du code et de la documentation.
  • L’utilisateur pilote directement chaque étape importante.
  • Son apport est souvent concentré sur la production ou la compréhension d’un élément précis.

IA agentique

  • Cherche à atteindre un objectif en enchaînant plusieurs étapes de travail.
  • Peut utiliser des outils et des informations autorisées dans un cadre défini.
  • Exige des permissions, des limites et une traçabilité plus strictes.
  • Peut relier analyse, code, tests et documentation, sous supervision humaine.

Une adoption réussie commence par des cas d’usage limités

L’intégration d’une IA agentique ne consiste pas à brancher un outil sur l’ensemble des systèmes de l’entreprise. Une démarche plus robuste consiste à commencer par un cas d’usage circonscrit, répétitif et mesurable. La préparation de documentation interne, le tri initial de tickets ou l’assistance à la création de tests constituent des exemples de périmètres où les équipes peuvent observer le comportement de l’outil sans lui confier d’emblée des actions critiques.

Avant tout déploiement, l’entreprise doit définir ce que l’agent est autorisé à consulter et à faire. Peut-il lire le code ? Peut-il accéder à des données de production ? Peut-il lancer des tests ? Peut-il modifier un fichier, créer une demande de modification ou déclencher un déploiement ? Ces permissions ne doivent pas être décidées par défaut. Elles doivent correspondre au niveau de risque de chaque action.

La sécurité des données est au centre du sujet. Le code source, les identifiants, les données clients et les documents internes ne doivent pas être exposés sans règles précises. L’entreprise doit également prévoir une traçabilité suffisante : quelles instructions ont été données, quelles informations ont été utilisées, quelles actions ont été réalisées et quelle personne les a approuvées ? Sans cette visibilité, il devient difficile d’enquêter sur une erreur ou d’améliorer le dispositif.

L’intégration aux outils existants représente un autre défi. Les équipes ne travaillent pas dans le vide : elles utilisent des environnements de développement, des systèmes de gestion de versions, des outils de suivi et des processus de validation. Un agent utile doit s’insérer dans ce cadre sans contourner les pratiques de qualité déjà établies.

Gouvernance : les indicateurs qui comptent vraiment

Le rapport Technology Vision 2025 d’Accenture met en avant la manière dont l’IA agentique peut faire évoluer les interactions et l’innovation dans les entreprises. Pour transformer cette ambition en résultats, les organisations doivent mettre en place une gouvernance concrète, qui associe direction, responsables techniques, équipes de sécurité, métiers et utilisateurs.

Cette gouvernance doit d’abord clarifier les responsabilités. Un agent peut participer à une tâche, mais une personne ou une équipe doit rester identifiée comme responsable du résultat. Elle doit ensuite fixer des règles d’usage : jeux de données autorisés, contrôles avant publication, seuils d’autonomie, procédures d’arrêt et traitement des incidents.

Les indicateurs de performance sont indispensables, à condition de ne pas se limiter au volume de code généré. Les entreprises peuvent suivre plusieurs dimensions :

  • le temps nécessaire pour traiter une catégorie de demande ;
  • le nombre de retours ou de corrections après revue humaine ;
  • la qualité des tests et des livraisons ;
  • les incidents de sécurité ou de confidentialité ;
  • l’effet sur les coûts opérationnels, le chiffre d’affaires ou la satisfaction client lorsque cet effet peut être établi.

Une mesure avant et après l’introduction de l’outil est plus utile qu’une impression générale. Elle permet de distinguer une démonstration séduisante d’un gain réellement durable. Elle aide aussi à décider si l’agent doit rester sur un périmètre restreint, être amélioré ou être étendu à d’autres équipes.

La formation, condition d’une adoption crédible

L’IA agentique modifie les compétences attendues, mais elle ne rend pas les experts inutiles. Au contraire, plus les systèmes accomplissent des tâches, plus les équipes doivent savoir formuler un objectif clair, évaluer un résultat, détecter les erreurs et comprendre les conséquences d’une automatisation.

Les dirigeants doivent eux aussi acquérir une culture suffisante de ces outils. Il ne s’agit pas de devenir développeur ou spécialiste des modèles, mais de pouvoir arbitrer entre vitesse, coût, risque et valeur créée. Ils doivent savoir poser les bonnes questions à leurs équipes et aux fournisseurs : quelles données sont traitées ? Quelles actions sont automatisées ? Quels contrôles existent ? Comment évalue-t-on le résultat ?

Des programmes de formation dédiés, y compris dans des établissements comme la Rennes School of Business, visent à accompagner cette montée en compétence. Une progression en trois temps peut servir de repère : démarrer avec un besoin simple, accélérer une fois les premiers résultats validés, puis déployer plus largement lorsque les pratiques de gouvernance et de contrôle sont mûres.

Cette formation doit concerner les développeurs, mais aussi les responsables produit, les juristes, les équipes de sécurité et les managers. L’IA agentique traverse les fonctions de l’entreprise. La confier à une seule équipe sans dialogue avec les autres créerait de nouveaux silos au lieu de simplifier les processus.

Des applications qui dépassent les seuls éditeurs de logiciels

Le développement logiciel est présent dans une grande variété de secteurs. Les entreprises technologiques et le commerce électronique manipulent de nombreux flux de données et disposent souvent de processus numériques propices à l’automatisation. Mais l’automobile illustre également la convergence entre logiciels, données et produits physiques.

La perspective de véhicules capables d’évoluer par mises à jour logicielles renforce l’importance du développement et de la validation continus. Dans ce contexte, l’IA peut contribuer à accélérer l’analyse et l’amélioration de systèmes complexes, tout en rendant les exigences de sûreté et de contrôle encore plus importantes. La collaboration évoquée entre Capgemini et Peugeot Sport autour de l’optimisation du développement d’Hypercars hybrides témoigne de cette place croissante des technologies numériques dans l’innovation industrielle.

Les initiatives de grands acteurs tels que Google autour de Gemini 2.0, ou Salesforce, montrent également que les capacités d’IA sont de plus en plus pensées pour s’insérer dans les outils et les processus utilisés par les organisations. Pour les entreprises clientes, le véritable enjeu restera toutefois moins le nom de la plateforme que son intégration concrète, son niveau de contrôle et les résultats qu’elle apporte.

Ce qu’il faut surveiller en 2025

L’IA agentique peut modifier la manière dont les équipes conçoivent, testent et améliorent les logiciels. Son adoption ne se résumera pas à une course entre entreprises pour afficher le plus grand nombre d’outils déployés. Les organisations les mieux préparées seront celles qui sauront choisir des cas d’usage utiles, protéger leurs actifs, maintenir une revue humaine et mesurer les effets sur leurs produits.

Les dirigeants doivent aussi surveiller le risque de dépendance à un fournisseur, l’évolution des règles internes de sécurité et la capacité des équipes à expliquer les décisions prises avec l’aide de l’IA. Dans un domaine où les modèles et les plateformes évoluent vite, une stratégie efficace repose moins sur une promesse d’autonomie totale que sur une capacité durable à expérimenter, apprendre et corriger.

L’innovation ne vient pas automatiquement de l’outil. Elle vient de la façon dont une entreprise redessine ses processus autour de cet outil, en faisant de l’IA un soutien à l’expertise humaine plutôt qu’un substitut opaque à la décision.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’IA agentique dans le développement logiciel ?

L’IA agentique désigne des systèmes capables d’organiser plusieurs actions pour atteindre un objectif défini. Dans le logiciel, ils peuvent aider à analyser une demande, rechercher des informations, proposer du code, préparer des tests ou rédiger de la documentation. Leur autonomie dépend des accès et des règles fixés par l’entreprise, tandis que les équipes conservent la responsabilité du résultat.

L’IA agentique peut-elle remplacer les développeurs ?

Non. Elle peut automatiser ou accélérer certaines tâches répétitives, mais elle ne remplace pas la compréhension des besoins, les choix d’architecture, la revue du code, la sécurité ou la responsabilité d’un produit. Son usage le plus crédible consiste à soutenir les développeurs et les équipes métier, afin qu’ils consacrent davantage de temps aux décisions complexes et à la qualité.

Quels sont les risques de l’IA agentique en entreprise ?

Les principaux risques concernent les erreurs de raisonnement ou de code, l’exposition de données sensibles, l’accès trop large aux systèmes internes et l’absence de traçabilité. Un agent peut produire rapidement un résultat qui semble plausible sans être correct. Il faut donc limiter ses autorisations, conserver une validation humaine et prévoir des procédures de contrôle et d’arrêt.

Comment mesurer le retour sur investissement d’une IA agentique ?

Le retour sur investissement ne se mesure pas uniquement au nombre de lignes de code produites. Une entreprise peut comparer le temps de traitement des demandes, le nombre de corrections nécessaires, la qualité des tests, les incidents, les coûts opérationnels et, lorsque cela est pertinent, la satisfaction client ou l’effet sur le chiffre d’affaires. Une mesure avant et après déploiement est essentielle.

Par où commencer pour déployer une IA agentique ?

Il est préférable de débuter avec un cas d’usage limité, répétitif et mesurable, comme le tri de tickets, la documentation ou l’assistance aux tests. L’entreprise doit ensuite définir les données accessibles, les actions autorisées, les personnes responsables et les critères de réussite. L’extension à des tâches plus sensibles ne devrait intervenir qu’après validation des résultats et des contrôles.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Accenture, informations sur le rapport Technology Vision 2025www.accenture.com
  2. Rennes School of Business, programmes de formation et d’enseignementwww.rennes-sb.com
  3. Capgemini, activités d’innovation et d’ingénieriewww.capgemini.com
  4. Google Gemini, plateforme d’intelligence artificielle de Googlegemini.google.com